Il y a 40 ans, du 7 au 9 juillet 1986, un violent incendie a ravagé les collines entre Hyères, Pierrefeu et La Londe, dans le Var. Surnommé l'incendie des Borrels, il reste le plus important depuis la Seconde Guerre mondiale dans la région.
Un bilan lourd : 4 125 hectares partis en fumée
Selon la fiche de renseignements de la Direction départementale de l'agriculture et de la forêt du Var, le feu a débuté le lundi 7 juillet à 15 heures et a été maîtrisé le jeudi 10 juillet à 13 heures. Au total, 4 125 hectares ont été détruits : 2 275 sur Hyères, 1 575 sur La Londe et 275 sur Pierrefeu. La végétation touchée était composée à 95 % de taillis de chêne-liège et à 5 % de pins. Miraculeusement, seuls quelques pompiers ont été blessés, et les habitations ont été globalement épargnées, à l'exception de quelques outils agricoles.
Une origine criminelle
Roger Valentin, président de l'association Histoire et patrimoine des sapeurs-pompiers du Var, se souvient : « C'était forcément criminel, parce que le feu est parti d'un endroit où il n'y a ni route, ni sentier. » D'autres foyers allumés simultanément ont confirmé cette thèse. Poussé par le mistral, l'incendie, parti à l'est de la route de Pierrefeu, près du carrefour de la Bouvine, est rapidement devenu incontrôlable.
Des témoins se rappellent
Élie Di Russo, figure politique hyéroise et ancien président du CIL de la Vallée des Borrels, se rappelle le bruit assourdissant : « Comme si des centaines de chevaux galopaient vers nous. » Bernard Pothonier, autre habitant de la vallée, ajoute : « J'avais déjà vécu un incendie en 1929 et 1964, mais là, ça n'avait rien à voir. Le feu a couru sur les crêtes à toute vitesse. »
1 500 pompiers mobilisés, mais une polémique sur les moyens aériens
Au plus fort de la lutte, 1 500 pompiers venus de tout le département et d'ailleurs (Alpes-Maritimes, Isère, Corrèze, Haute-Loire) ont été déployés, soutenus par des militaires et des marins-pompiers. Cependant, une polémique a éclaté lorsque les avions bombardiers d'eau ont été redéployés vers un autre feu à Aix-en-Provence. Maurice Arreckx, alors président du conseil général, a dénoncé cette décision : « Il est anormal et même inadmissible qu'en pleine lutte contre le feu dans le Var, on nous enlève les avions canadairs. » Le maire de Hyères, Léopold Ritondale, a parlé de miracle pour expliquer que la ville n'ait pas été menacée. Quarante ans plus tard, Bernard Pothonier estime qu'« il y a eu une erreur de stratégie ».
La renaissance de la « vallée heureuse »
Après le sinistre, la solidarité s'est organisée autour de l'opération « Les Borrels reverdiront ». Des autocollants et t-shirts ont été vendus pour financer le reboisement. Des enfants des écoles ont participé au nettoyage et au recépage, et des soldats de l'US Navy ont prêté main-forte. « Il a fallu attendre 30 ans pour retrouver des coins à champignons », se souvient Élie Di Russo. La vallée des Borrels, véritable écrin de verdure préservé de l'urbanisation, a peu à peu retrouvé ses couleurs.



