Gel de 2019 dans le cognac : 12 000 hectares touchés
Gel de 2019 dans le cognac : 12 000 ha touchés

Dans la nuit du 4 au 5 mai et le 6 mai 2019, le gel a frappé le vignoble du cognac, touchant environ 15 % de sa surface, soit près de 12 000 hectares. Cet épisode climatique, moins violent que celui du printemps 2017, a néanmoins causé des dégâts significatifs, rappelant la vulnérabilité des cultures face aux aléas météorologiques.

Un bilan progressif

Dès le dimanche 5 mai à l'aube, le gel a affecté entre 2 000 et 2 500 hectares, selon une estimation « a minima » de l'Union générale des viticulteurs pour l'AOC cognac (UGVC). Christophe Véral, président du syndicat unique, a précisé que les secteurs de Nercillac, Courbillac, Sainte-Sévère en Charente, ainsi que le pied des coteaux de Segonzac et Matha en Charente-Maritime, ont été particulièrement touchés. Le lendemain, lundi, les températures ont encore baissé, compliquant l'évaluation des dégâts. Les bourgeons grillés ne montrant leurs signes que tardivement, le décompte précis a été reporté.

Des dégâts localisés mais sévères

Christophe Imbert, directeur de l'UGVC, a souligné la variabilité des dégâts d'une parcelle à l'autre, même au sein d'une même commune. En Angoumois, Saintonge et Aunis, le gel a frappé de manière très localisée, rendant toute généralisation difficile. Les viticulteurs ont dû faire face à une situation complexe, avec des pertes qui ne se révèlent qu'après quelques jours.

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Des stratégies de protection coûteuses

Face à cette nouvelle menace, les producteurs ont déployé des moyens variés pour protéger leurs vignes. À Auge-Saint-Médard, dans le Rouillacais, Jérôme Prioton et son fils ont allumé 800 bougies stop-gel pendant deux nuits, de 4 heures à l'aube, parvenant à limiter les dégâts. Plus au sud, à Saint-Palais-de-Négrignac, Raphaël Martinaud a fait appel à un hélicoptère de Royan pour survoler à basse altitude une parcelle de quinze hectares, couplé à des bottes de foin brûlées pour créer des fumées chaudes. Cette opération, renouvelée deux jours de suite, a coûté environ 6 000 euros, mais le viticulteur estime qu'elle est rentable pour sauver une récolte sur une parcelle gélive près d'une rivière.

Des témoignages de résignation

À Matha, Raphaël Brisson a également eu recours à un hélicoptère le dimanche, avec succès, gagnant un précieux degré. Mais le pilote étant indisponible le lundi, le mercure est descendu à -2 °C, causant des pertes sur 68 de ses 85 hectares. « Je suis résigné et démoralisé », a-t-il confié, évoquant la grêle des années précédentes et sa dernière récolte complète en 2015. Même découragement chez François Guignard, qui n'a sauvé que 8 de ses 36 hectares à Nercillac. La répétition des aléas climatiques l'interroge profondément.

Une météo capricieuse et la légende de la lune rousse

Les jours suivants n'ont pas apporté d'amélioration significative. Le retour du beau temps n'était pas attendu avant la mi-mai et les saints de glace. La lunaison, tardive cette année, a débuté le 5 mai pour s'achever le 2 juin, période connue sous le nom de « lune rousse ». La tradition paysanne lui prête le pouvoir de brûler les jeunes pousses ou de les couvrir de givre. En réalité, durant cette période, le ciel souvent dégagé favorise le rayonnement nocturne, faisant chuter les températures au petit matin, surtout lorsque l'air froid vient du nord. Ainsi, lundi à l'aube, Météo-France a relevé -2,4 °C à Tusson et -0,9 °C à La Couronne.

Un premier bilan officiel

Le 8 mai 2019, une estimation conjointe du Bureau national interprofessionnel du cognac (BNIC), de l'UGVC et des Chambres d'agriculture a confirmé que 15 % du vignoble, soit environ 12 000 hectares, avaient été touchés à des degrés divers. L'état des lieux, complexe en raison du délai d'apparition des symptômes, a mis en lumière une fois de plus la fragilité de la viticulture face aux caprices du climat.

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