Inondations à Barie : le fournil des Dam's se remet de la crue de la Garonne
Barie : le fournil des Dam's se remet de la crue

La Garonne a laissé son empreinte en profondeur à Barie, mi-février. Damien Pallaruelo et Damien Tauzin n'ont pas pu utiliser leur four avant fin avril, tandis que la majorité de leurs blés n'a pas survécu à l'inondation. Accroupi, Damien Pallaruelo jette du bois dans le feu. Les nouvelles bûches vireront bientôt au rouge vif, continuant de faire monter la température dans le four du Fournil des Dam's, à Barie. Comme trois jours par semaine, le paysan boulanger se prépare à enfourner des dizaines de pains, ce jeudi 21 mai. Ces gestes, tant de fois répétés, n'avaient pourtant plus rien d'habituel.

Un four noyé sous 1,80 m d'eau

En février, le fournil baignait dans 1,80 m d'une Garonne qui avait allègrement débordé, isolant Barie et plongeant le bâtiment dans une eau boueuse. Le four, outil essentiel du travail du binôme que Damien Pallaruelo forme avec Damien Tauzin, en était imbibé. Les deux associés ont dû s'armer de patience et de bois pour relancer la machine : une chauffe trop brusque aurait pu créer un choc thermique et briser les matériaux. Il a fallu un mois et demi pour sécher le four et y enfourner à nouveau du pain.

Un dérhumage délicat et coûteux

« Au début, on mettait trois kilos », raconte Damien Pallaruelo. « C'est rien, c'est trois bûches. » Trois bûches et un feu qui ne démarrait pas. « Il y avait trop d'humidité. » Pas à pas, il aura donc fallu plus d'un mois et demi pour dérhumer le four, du 2 mars au 24 avril, et en évacuer chaque goutte laissée par le fleuve. « Pendant les trois premières semaines, on voyait l'eau couler. » Chaque jour, les deux amis ont ainsi renouvelé l'opération pour faire monter tout doucement le four en température, sans le brusquer. « C'est comme un malade que l'on soigne. Le risque, c'est d'aller trop vite, c'est toujours angoissant. »

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Angoissant et coûteux : deux tonnes de bois sont passées dans l'opération, plus le bois utilisé chez un collègue de Barie, le Pain voyageur, qui leur a prêté son four pendant la période afin qu'ils conservent une activité, même réduite. En plus du stock emporté par l'eau, le surcoût est d'environ 1 500 euros, estiment-ils. Financièrement, le contrecoup arrive juste pour les deux hommes qui parvenaient à se verser un salaire de 900 euros mensuel : « On a un système qui fait qu'on a des paiements en décalé », explique Damien Tauzin. « Le mois dernier, ça a piqué, on était à moins 7 000 euros… »

Des récoltes dévastées

Le binôme est pourtant entraîné : après un premier dérhumage lors de leur installation en 2020, ils avaient déjà pris l'eau en 2021. Une expérience qui leur a servi aussi pour anticiper la crue de 2026 en évacuant complètement le fournil au lieu de monter le matériel sur des cales finalement trop basses, comme lors de leur première crue. Mais le four ne se déplace pas, et, à leur arrivée, les chiffres le situaient dans une zone à risque d'inondation une fois tous les trente ans. « Si ça revient trop souvent, ça va nous obliger à nous questionner sur notre lieu de production », soulève Damien Pallaruelo.

D'autant qu'en même temps que leur fournil, plus de la moitié de leurs 42 hectares de terre a été submergée. Si en 2021, les blés avaient bien résisté, la durée de la crue les a cette fois-ci complètement couchés. Damien Tauzin montre sur son téléphone une photo d'un champ dévasté. « Ça sentait le pourri », raconte-t-il. Sur leurs 11 hectares de blé touchés, un seul a survécu. Pendant que le dérhumage du four jouait la tortue, ils ont tenté d'incarner le lièvre pour semer du blé de printemps en espérant en sortir quelque chose – « on ne sait toujours pas ce que ça va donner ». Là aussi, la Garonne avait laissé sa trace : « Le sol était ultra-compact », raconte Damien Pallaruelo, les obligeant à passer trois fois avec le tracteur – « donc plus de gazole dépensé ».

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Résilience et adaptation

Comme tout le long de leur récit, les deux Damiens semblent cependant enclins à voir le bon côté des choses : « On va voir comment ça va réagir, comment le blé va monter », lance avec curiosité Damien Pallaruelo. La Garonne les force à expérimenter un semi tardif, de quoi engranger une nouvelle expérience pour eux qui ont fait le choix militant de travailler en bio, avec leurs propres semences, et de maîtriser leur production du bout en bout en moulant eux-mêmes leurs grains. De nouvelles connaissances comme « un moyen de s'adapter » aux prochains aléas.

Même de l'inondation, ils gardent la solidarité, l'esprit de corps dont a fait preuve le village. Et un trait supplémentaire, quelques dizaines de centimètres au-dessus de celui de 2021, sur le mur en face duquel ils façonnent leurs 300 kg de pain hebdomadaires. « C'est une expérience assez hors du temps », tente de décrire Damien Tauzin, cherchant ses mots. « On est détachés du réel. » Puis, tandis qu'il jette un peu de farine sur son plan de travail, il se fait plus terre à terre : « La liste des dégâts commence à être longue… Il va falloir que les gens mangent du pain. »