Comment préserver la tranquillité des couples de rapaces dans le parc naturel régional de la Sainte-Baume ? Sur le parc naturel régional de la Sainte-Baume, deux zones de quiétude ont été activées afin de limiter les activités humaines susceptibles de déranger des couples de faucons pèlerins pendant la période de reproduction.
Des aires de reproduction surveillées
Des aires de reproduction ont été observées sur la crête de la Sainte-Baume, haute de 300 mètres et longue de 13 kilomètres de Mazaugues à Gémenos. Certains viennent se recueillir ou sont en quête d'un coin de nature pour se poser. D'autres apprécient randonner ou prendre un grand bol d'air dans le massif. Tous fréquentent la Sainte-Baume parfois en nombre pour pratiquer diverses activités. Une large majorité aspire sans doute au calme. Ce calme est essentiel pour des habitants du parc naturel régional (PNR). Primordial même quant à la survie de leurs progénitures jusqu'à la préservation de leur espèce.
Dans le cadre de Natura 2000, des secteurs ont été définis pour assurer la tranquillité de rapaces pendant des périodes sensibles.
Perturbations liées aux activités humaines
Ces zones dites de quiétude « sont des espaces volontairement aménagés ou réglementés, selon un temps donné, afin de limiter les perturbations liées aux activités humaines sur la faune sauvage », précise Apolline Huillery, chargée de mission Natura 2000 au PNR. Elles offrent un refuge aux espèces « rares, endémiques, protégées au niveau national et européen » notamment durant la reproduction, l'hivernage ou l'élevage des jeunes avec pour objectif « de favoriser le maintien des comportements naturels et contribuer à la préservation de la biodiversité ».
Deux zones de quiétude – falaise des Béguines et pic de Bertagne – ont été cartographiées au PNR de la Sainte-Baume en 2020 à la suite à la présence de trois couples de faucons pèlerins (sur le secteur Natura 2000 soit 18 000 ha dont l'ensemble de la crête). En concertation avec différents acteurs, elles peuvent être activées – « par rapport aux observations en temps réel dans le cadre du suivi naturaliste dès le début d'année » – du 15 février au 15 juillet. Soit de la parade nuptiale à l'envol des fauconneaux en passant par l'accouplement, la ponte, l'éclosion, la couvaison, le nourrissage et l'élevage des jeunes. Pendant cette période, il s'agit de limiter les usages « pour qu'il n'y ait pas d'échec de reproduction ». De surcroît, si en moyenne ces rapaces font trois œufs par portée, « ils ne sont jamais allés au-delà de deux sur le territoire ».
Plusieurs phases de dérangement
Le faucon pèlerin avait disparu de la Sainte-Baume il y a une centaine d'années. La chargée de mission évoque plusieurs phases de dérangement. S'il y a une activité à proximité immédiate de l'aire de reproduction, soit le rapace crie « pour faire fuir l'individu », soit il quitte le nid sur une courte période. « S'il revient, ce n'est pas grave. » Par contre, si l'adulte abandonne son nid pendant plusieurs jours, « c'est létal pour l'œuf, le jeune ». Dans le cas de perturbations récurrentes et trop intenses, « il peut y avoir un abandon total du site ».
L'enjeu est que ce chasseur d'oiseaux reste ancré au territoire pour ne pas répéter l'histoire. Espèce inscrite à la directive oiseau – « une des deux directives fondatrices de Natura 2000 » – à ce titre protégé à l'échelle européenne, et avec un statut vulnérable au niveau de la région, le faucon pèlerin avait, en effet, disparu « pour plusieurs raisons » de la Sainte-Baume « il y a une centaine d'années ». Depuis 2019, « on a eu connaissance de sa présence dans le parc et nous avons commencé les suivis en 2020 en partenariat avec la LPO et le conservatoire d'espaces naturels de Paca ».
Une phase de concertation
Pour concilier préservation et usage du territoire, « on va passer par la concertation. En fonction du type d'usages sur le secteur, nous allons contacter les fédérations françaises d'activités de pleine nature, les propriétaires forestiers, les gestionnaires de la forêt... Nous réunissons tous ces acteurs. En fonction des retours, nous pouvons apporter des ajustements. » La communication sera ensuite commune. « On fait aussi un relais sur nos réseaux sociaux. »
Lors de cette concertation, les enjeux écologiques sont présentés et « les résultats des suivis naturalistes sont partagés ». Quand les zones de quiétude des faucons pèlerins sont activées, comme c'est le cas actuellement, de février à juillet à la Sainte-Baume, « nous demandons qu'il n'y ait pas d'escalade. Pour le vol libre, nous avons pour l'instant juste porté à connaissance comme pour la randonnée. Mais on met en place au niveau de chemins des panneaux d'information là où nous fermons des tronçons ». La réussite de ce dispositif repose sur tous les acteurs et usagers.



