Serge Zaka alerte : chaleur record menace eau et cultures
Chaleur record : Serge Zaka alerte sur eau et cultures

Le docteur en agroclimatologie Serge Zaka tire la sonnette d'alarme sur les conséquences du réchauffement climatique pour les réserves d'eau et les cultures. « Les records de chaleur tombent les uns après les autres », déplore-t-il.

Un mois d'avril anormalement chaud

« Cela devient n'importe quoi nos mois d'avril : 25, 27, 30 °C par-ci par-là. C'est tristement banal. Et on fait comme si de rien n'était… Avec 2,5 °C au-dessus des normes, ce mois d'avril sera l'un des plus chauds depuis le début des mesures. Encore, encore et encore », alerte Serge Zaka, docteur en agroclimatologie et vulgarisateur scientifique reconnu pour ses positions sur le changement climatique et son impact sur l'agriculture.

L'agroclimatologue, fondateur du site Agro Climat basé à Montpellier, sort le thermomètre : « Les températures moyennes sont de 16 °C à Cognac, 17 °C à Bordeaux ou Biarritz, 18 °C à Périgueux. Or, depuis début avril, les 20 °C sont presque tous les jours dépassés. La barre des 30 °C est régulièrement franchie. Les records de température tombent les uns après les autres. »

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Certains se réjouissent de boire un verre en terrasse en avril. Ce n'est pas le cas de Serge Zaka : « Je ne vois rien de réjouissant à danser dans une maison qui brûle. »

Le gel n'a pas montré ses crocs

Selon le spécialiste, les températures ont dépassé les normales saisonnières huit jours sur dix depuis le début de l'année. « C'est bon pour le tourisme, mais ce n'est pas une bonne nouvelle. On fait des économies de chauffage, mais les prix des aliments vont grimper. »

« Les cycles d'eau sont accentués. Il pleut davantage en hiver et moins le reste du temps. Cela met à mal les équilibres agricoles », explique-t-il.

Serge Zaka pointe les conséquences de cette chaleur couplée à l'ensoleillement : « Cela garantit une évapotranspiration accrue et une installation des sécheresses plus rapide au printemps. Et cela en plus des végétaux qui se réveillent trop tôt et commencent à pomper dès février dans les réserves d'hiver. » Par chance, le gel tardif n'a pas montré ses crocs cette année dans le Sud-Ouest, contrairement à d'autres régions en France.

Déjà au régime sec

La sécheresse de surface s'est installée dans le Sud-Ouest, surtout en Poitou-Charentes, malgré les grosses précipitations de l'hiver. « La végétation a déjà puisé dans les nappes phréatiques. Les indices hydriques sont déjà au niveau des années les plus sèches. » Les conséquences sur les cultures se font déjà ressentir : « Les sols sont trop secs pour les semis de printemps (tournesol, pois chiches, soja). » Dans nos jardins, les potagers ont déjà besoin d'eau.

L'agroclimatologue ne tire pas encore la sonnette d'alarme : « S'il pleut au mois de mai, il n'y aura qu'un mois de décalage, le potentiel agricole ne sera pas trop entamé. Mais un ou deux orages ne suffiront pas. J'espère que les ponts du mois de mai seront pourris, c'est-à-dire pluvieux ! »

Difficile d'anticiper une sécheresse estivale généralisée : « Il faut éviter le catastrophisme, les prévisions sont trop aléatoires. » Mais une tendance lourde s'installe avec le changement climatique : « Les cycles d'eau sont accentués. Il pleut davantage en hiver et beaucoup moins le reste du temps. Cela met à mal les équilibres agricoles. »

Serge Zaka organise une conférence sur l'agriculture face au défi du changement climatique le jeudi 4 juin à 18 h 30 au cinéma Eldorado de Saint-Pierre-d'Oléron (17), et une autre sur les orages le dimanche 7 juin à la maison écocitoyenne de Bordeaux dans le cadre de l'exposition photo « Orages : entre beauté et puissance » (du 11 mai au 28 juin).

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