Un demi-siècle de coopération pour la Méditerranée
Le 10 mai 1976, l'Accord Ramoge était signé entre l'Italie, la France et Monaco. Un demi-siècle plus tard, son champ d'action n'a cessé de s'élargir toujours avec l'objectif de garantir la protection de la biodiversité en Méditerranée. Retour sur l'histoire de cet accord, de ses prémices à ses actions sur le terrain aujourd'hui.
Genèse de l'accord : une initiative princière
Si l'accord Ramoge est officiellement signé le 10 mai 1976, les premiers pourparlers autour de sa création remontent à quelques années auparavant. « La première trace qu'on a du projet Ramoge date de 1970, retrace Florent Champion, secrétaire exécutif de l'Accord Ramoge. Lors d'un discours à la Commission internationale pour l'exploration scientifique de la Méditerranée (CIESM), le prince Rainier III propose une coopération entre la France, l'Italie et Monaco pour préserver la Méditerranée de la pollution. » Une préoccupation environnementale naissante à cette époque. « Au début des années 1970, la question environnementale commence à poindre et le commandant Cousteau et le biologiste Alain Bombard poussent les premiers cris d'alarme. » Sensible à cet appel de ces précurseurs des milieux marins, le prince Rainier III souhaite porter un projet politique tripartite dans le sillage de la Convention de Barcelone, adoptée deux mois avant Ramoge. Car il aura fallu attendre six ans, au terme de travaux et de rapports successifs, pour voir la signature de l'accord en mai 1976. « C'est le seul accord international qui a été signé au Palais princier dans la Salle du Trône. » Autour du Souverain, on retrouve la princesse Grace, Michel Poniatowski, ministre d'État Français en charge de l'Intérieur, Mario Pedini, ministre italien de la Recherche scientifique et des biens culturels et environnementaux ainsi qu'André Saint-Mleux, ministre d'État de la Principauté.
Le début des actions sur le terrain avec le navire « Ramoge »
Si l'accord est signé en mai 1976, il n'entre en vigueur qu'en 1981 avec une première réunion de sa commission en 1982. Il devient donc opérationnel au tout début des années 1980. Car c'était une priorité du Souverain, que cet accord soit actif et concret avec une préoccupation centrale : lutter contre la pollution en mer. Ce désir se concrétise par la mise à l'eau du bateau-laboratoire « Ramoge » qui vadrouille dès 1975, soit un an avant la signature de l'accord, afin de réaliser des études sur la qualité bactériologique des eaux et de procéder au recensement des déchets flottants. « Ces actions marquent les premières années de vie de Ramoge jusqu'en 1987, poursuit Florent Champion. Ce sont les premières campagnes communes entre les trois États. Les données récoltées serviront plus tard de base scientifique pour justifier l'implantation de stations d'épuration sur la Côte d'Azur et la Riviera italienne. » Le périmètre d'action du navire, qui bat sous pavillon monégasque, est le même que les délimitations de l'accord Ramoge, soit de Saint-Raphaël à Gênes. Ce sont d'ailleurs ces villes, ainsi que Monaco, qui ont donné le nom RA-MO-GE. Cette zone est étendue à partir de 1991 jusqu'à Marseille et La Spezia.
Le naufrage du Haven et la création de Ramogepol
Car c'est en 1991 que le pétrolier chypriote « Haven » coule dans le golfe de Gênes et provoque une marée noire. Cet accident, la plus grande catastrophe environnementale en Méditerranée, ajoute un nouveau champ d'action à l'actif de l'Accord Ramoge qui se concentrait jusque-là sur l'analyse de la qualité de l'eau. C'est la naissance de Ramogepol, un plan de prévention de lutte contre la pollution en mer, en particulier les hydrocarbures. « C'est lors de ce naufrage que les États prennent conscience que c'est un sujet qui mérite d'être traité au sein de l'Accord Ramoge. Et pour éviter qu'une telle situation ne se reproduise, ils décident de créer Ramogepol. » L'un des principaux objectifs de ce plan est de pouvoir organiser régulièrement des exercices de simulation coordonnés par les trois États afin de réagir au plus vite et de circonscrire la pollution en mer. Une décision payante puisqu'en 2018, lors de la collision entre deux navires au large du Cap Corse, 90 % des 550 tonnes d'hydrocarbures rejetés en mer ont pu être récupérés.
Un champ d'action élargi en 2026
Quelques dizaines d'années plus tard, l'Accord Ramoge poursuit ses efforts avec un champ d'action élargi dans trois domaines distincts réunis en groupes de travail d'une quinzaine de personnes. La préservation de la biodiversité d'abord. « Dès le début des années 2000 et encore à ce jour, un groupe de travail s'intéresse aux espèces patrimoniales de Méditerranée, ce qui témoigne du bon état écologique, ou non, du milieu. Par exemple l'herbier de posidonie, pour lequel nous avons édité un livre qui sera bientôt actualisé, qui fait état de la description de cette plante marine et des pressions qui pèsent sur elle et des possibilités de restauration. » Ensuite, outre la lutte contre les événements graves de pollution en mer, Ramoge met en place des opérations de surveillance aérienne en mer. « Elles vont se dérouler plusieurs fois dans l'année sur une zone donnée et qui permet de cibler des navires qui transportent des cargaisons potentiellement dangereuses et de les suivre pour voir s'il n'y a pas de rejets illicites en mer. Si tel est le cas, on essaie de récupérer le plus de preuves possible pour actionner les poursuites judiciaires. » Enfin, un groupe de travail est aujourd'hui dédié à la sensibilisation, qu'elle soit locale ou internationale. « On intervient auprès des scolaires, on diffuse des guides spécifiques auprès des plaisanciers, on se rapproche aussi parfois des plongeurs et des pêcheurs. On essaie toujours de trouver le bon message aux bons interlocuteurs. »
L'Accord Ramoge en chiffres
- 400 km de littoral concernés par l'Accord Ramoge
- 20 sites de prélèvements en mer pour analyser la qualité de l'eau
- 600 tonnes de déchets ramassés sur les plages et en mer, soit l'équivalent de 50 camions poubelles
- 30 exercices antipollution et activations du plan Ramogepol pour près de 500 tonnes d'hydrocarbures récupérées
- 5 aires marines protégées créées ou étendues



