Seconde main : la révolution silencieuse des centres commerciaux franciliens
Seconde main : la révolution des centres commerciaux

La seconde main dans un centre commercial, une hérésie ? Pas vraiment. Pour preuve, le centre commercial Parly 2 au Chesnay-Rocquencourt (Yvelines), pourtant historiquement tourné vers le « premium », s'y est mis. Ici, la friperie solidaire a su, en l'espace d'un an et demi, se faire sa place au milieu des grandes enseignes telles que Dior, Lancel ou Ralph Lauren. Et ce, malgré un déménagement, conséquence de l'arrivée programmée d'un nouveau commerce.

Parly 2 et le luxe de seconde main

« On souhaitait lui retrouver une cellule, elle marche super bien », indique Pauline Arion, la directrice du centre commercial des Yvelines aux 12 millions de visiteurs par an, qui assure que neuf et seconde main peuvent parfaitement faire bon ménage. « Tous les modes de consommation sont réunis dans un centre commercial, explique-t-elle. Il s'agit de répondre aux besoins de chacun des habitants de la zone de chalandise. »

Selon celle qui dirige le centre depuis quatre ans, une grande partie des différentes enseignes qu'abrite Parly 2 a commencé à prendre le pli, « y compris parmi les plus prestigieuses ». « Il suffit de voir ce qui est fait au Printemps, appuie-t-elle. Il y a quelques années, il y avait peut-être un décalage. Aujourd'hui, il y a aussi du luxe de seconde main. »

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Et une attente croissante pour l'occasion, du côté des consommateurs… et des professionnels. « On a des demandes pour des boutiques », poursuit Pauline Arion, qui se dit « ouverte » à l'arrivée de nouveaux commerces orientés vers la seconde main. « J'aimerais bien accueillir une brocante vintage, par exemple, tournée vers la vaisselle, conclut-elle. Pour que tout fonctionne, il faut de la mixité. »

Des clients séduits par l'offre

Les clients croisés à la sortie de la boutique Fripe Avenue sont plutôt ravis de cette offre. « Je ne suis pas du tout surprise de trouver de la seconde main ici. Il devrait carrément y en avoir plus, confie Maud, une habitante de Saint-Germain-en-Laye, commune cossue des Yvelines. Les gens sont aujourd'hui prêts à ce genre d'achat. Avant, on voyait la seconde main comme quelque chose de sale. Ce n'est plus le cas. »

Face à la fast-fashion, elle estime que c'est une bonne option. « Comme la mode est un éternel recommencement, autant prendre de la seconde main de bonne qualité. » Alice, elle, est étonnée de la présence d'une telle boutique dans « un centre commercial chic », mais enchantée. « Je trouve ça très bien. Les petits budgets peuvent y trouver leur compte. J'achète régulièrement de l'occasion, à la fois pour des raisons écologiques mais aussi budgétaires. On peut trouver des pièces en excellent état à des petits prix. »

À La Défense, une présence éphémère mais significative

Les professionnels de la seconde main se sont également fait une petite place au Westfield les Quatre-Temps, le centre commercial du quartier d'affaires de La Défense (Hauts-de-Seine) qui voit passer 50 millions de visiteurs par an. Mais provisoire seulement. En avril 2025, l'enseigne Fripe Avenue a ainsi investi, pour quelques mois, les 260 m² d'une boutique éphémère située au deuxième niveau du centre.

Celle-ci, qui connaissait une fréquentation moyenne « honorable », a finalement quitté les lieux fin 2025. Cette installation s'inscrivait dans le cadre d'un partenariat entre l'association solidaire Tisseco et le groupe Unibail-Rodamco-Westfield, visant à encourager « des modes de consommation plus responsables ». Elle répondait aussi à une volonté ferme du groupe, soucieux de ne pas laisser trop longtemps de cellules commerciales en friche. « Les palissades et les rideaux baissés donnent vite des airs de vaisseau fantôme aux centres commerciaux. »

À Vélizy 2, Emmaüs s'invite entre les grandes enseignes

À Vélizy 2, autre centre du groupe Westfield situé dans les Yvelines, la tendance se vérifie également avec, au milieu des grandes enseignes, La P'tite Boutique. Une ressourcerie éphémère affiliée à Emmaüs, à l'intérieur de laquelle on vient chiner des vestes vintage, des assiettes en porcelaine, des Playmobil et des jeans à un euro. Ouverte jusqu'au 27 juin, elle en est déjà à sa septième édition à Vélizy 2.

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Sur 125 m², la boutique s'étire en longueur. Dès l'entrée, des chaussures, des sacs et des piles de livres pour enfants. L'endroit ressemble davantage à un intérieur chaleureux qu'à un commerce traditionnel. « On veut que les gens découvrent la seconde main comme s'ils entraient dans un appartement », explique Julia Ferrand-Michel, responsable d'activité de La P'tite Boutique.

L'idée lui est venue après avoir vu des cellules vacantes laissées par les fermetures d'enseignes. Depuis, cette adresse revient régulièrement dans le centre commercial, et le succès ne faiblit pas : « Avant, la seconde main était associée aux personnes avec peu de revenus. Depuis le Covid, c'est à la mode », observe-t-elle.

« Cette P'tite boutique permet de répondre à une demande de nos clients, indique Arnaud Beaucourt, le directeur de Vélizy 2 qui accueille près de 14 millions de visiteurs par an. Nous avons déjà quelques enseignes faisant de la seconde main et cela satisfait la zone clientèle la plus proche, à savoir celles de Vélizy, Jouy-en-Josas (dans les Yvelines), Chaville, Meudon et Clamart (dans les Hauts-de-Seine). C'est un complément de produits proposés pour les clients, mais cela reste marginal », relativise-t-il toutefois.

Autant une question de budget qu'une lassitude face à la fast-fashion

Plus au nord, dans l'Oise, les zones commerciales ont également pris le virage de la seconde main. À Saint-Maximin, près de Creil, plusieurs enseignes solidaires se sont installées coup sur coup, depuis 2024, au sein de la plus grande zone commerciale du nord de la France. Emmaüs y a ouvert en juillet 2025 une boutique de 400 m² afin d'élargir son public et de récupérer davantage de dons.

Plus marquant encore, la Croix-Rouge a carrément investi la galerie marchande du centre Carrefour avec une boutique solidaire de 160 m², ouverte depuis février 2025 six jours sur sept. La zone accueille aussi Ding Fring, présentée comme la plus grande friperie solidaire du département avec 480 m² de vêtements de seconde main et jusqu'à trois tonnes de nouveautés renouvelées chaque semaine.

Retour à Vélizy 2, au milieu des rayons de La P'tite Boutique, où les clients fouillent longuement, avant de trouver leur bonheur. Ce jour-là, Sandrine, la soixantaine, habillée tout en couleurs, vient chercher « des fringues de marque, souvent moins chères » et retrouver « la mélancolie des années 1980 ». Plus loin, Jamila, assistante sociale, examine un manteau de la marque Comptoir des cotonniers vendu 25 euros : « En magasin, ça vaut entre 150 et 200 euros », affirme-t-elle. Pour elle, le marché de l'occasion répond autant à une question de budget qu'à une lassitude face à la fast-fashion : « Chez Zara, il suffit de toucher le tissu pour voir que la qualité est mauvaise. »

Dans la ressourcerie, les vendeurs discutent facilement avec les visiteurs. Hajiba, vendeuse en insertion, montre fièrement un sac cousu dans des sets de table récupérés. « C'est de l'upcycling. On fabrique des objets à partir de vêtements usés », indique-t-elle.

Deux semaines après l'ouverture, ce sont déjà 139 kg de dons qui ont été collectés directement sur place, ce qui permet aux rayons d'évoluer presque quotidiennement. Selon Julia Ferrand-Michel, « ce qui plaît aux gens, c'est que la boutique change tout le temps ». À Noël dernier, l'enseigne a même vendu pour plus de 10 000 euros de jouets en deux mois. Une preuve supplémentaire que les friperies ne se limitent plus aux marges.