Difficultés à avoir une érection, visionnage de vidéos pornos toujours plus extrêmes, images sexuelles omniprésentes dans sa tête… Autant de signaux qui doivent alerter. La consommation problématique de pornographie est difficile à mesurer car peu de personnes concernées se décident à pousser la porte du cabinet d’un thérapeute. Mais les spécialistes le constatent : les conséquences peuvent être désastreuses.
Le pornomètre, un outil d’auto-évaluation
Pour aider leurs patients à faire le point sur leur consommation d’images X, Charlotte Démonté, psychologue sexologue et coordinatrice du Criavs Lorraine, et Aurélie Sohy, infirmière sexologue, ont créé en 2025 le « pornomètre ». L’outil, disponible en ligne, est basé sur le même procédé que le « violentomètre » : il permet de mesurer si sa consommation est récréative, à risque ou problématique. Un journal de consommation peut aider à se repérer.
Les trois niveaux de consommation
Le pornomètre prend la forme d’une échelle allant du vert au rouge en passant par l’orange. À chaque couleur, des affirmations permettent de s’identifier et de situer son niveau d’utilisation. Les phrases telles que « je peux regarder du porno pour explorer mes envies et me donner des idées » et « je peux être excité par le porno mais pas seulement » illustrent une consommation récréative. « Le porno n’est pas le diable absolu, insiste Aurélie Sohy. Celui qui est éthique et n’érotise pas la violence peut aider à avoir une sexualité épanouie. »
En avançant vers l’orange de l’échelle, des affirmations comme « je suis obligé de regarder du porno pour me masturber » et « je peux parfois regarder du porno pour apaiser des tensions » laissent penser à une consommation à risque. « Cette instrumentalisation du porno utilisée pour répondre à un besoin différent de celui pour lequel il est fait peut être un premier pied dans l’engrenage de l’addiction. »
Répondre positivement aux affirmations telles que « je peux parfois négliger mes occupations quotidiennes pour regarder du porno » ou « je n’arrive plus à avoir une sexualité satisfaisante avec mon partenaire depuis que je regarde du porno » est un marqueur de consommation problématique. « Un de mes patients me racontait qu’il ne pouvait plus s’endormir sans avoir regardé de porno alors qu’il n’en ressentait ni le désir, ni l’envie », illustre Charlotte Démonté. Une « habituation » doit aussi inquiéter. « Plus les personnes regardent de vidéos, moins ces images deviennent excitantes et elles vont alors se tourner vers des contenus de plus en plus trash », souligne la psychologue sexologue.
Les conséquences sur la santé sexuelle
Parmi leurs patients, beaucoup se sont rendu compte qu’ils n’arrivaient plus à diminuer la fréquence des visionnages. « Certains ont honte, ce qui peut baisser leur estime d’eux-mêmes, voire les mener à des symptômes anxiodépressifs », explique Charlotte Démonté. Débute alors le cercle vicieux de l’addiction dans lequel le mal-être est comblé par le porno qui aggrave la souffrance. « Si les personnes se reconnaissent dans plusieurs affirmations de la zone orange ou rouge, il peut être utile d’en parler à un professionnel », conseille l’infirmière sexologue.
Baisse de désir, dysfonction érectile, éjaculation précoce… Bien que le lien de causalité fasse encore débat dans la littérature scientifique, les trois sexologues observent régulièrement des troubles sexuels chez ces patients. « Le porno excite très vite et peut donner une satisfaction quasi immédiate, ce qui peut compliquer la gestion de l’excitation dans une relation sexuelle à deux », avance Aurélie Sohy. « Certains vont devoir imaginer des scènes beaucoup plus intenses dans leur tête pour arriver à avoir une érection et d’autres veulent avoir des pratiques extrêmes avec leur partenaire », ajoute la sexologue clinicienne Sokhna Delvingt M’Boup.
Dans son cabinet situé près de Lyon, la thérapeute reçoit des couples et des hommes ou femmes seuls. « Beaucoup d’hommes m’expliquent que leur conjointe n’a pas assez souvent envie ou n’aime pas certaines pratiques mais en creusant, je me rends compte qu’ils ont construit toutes leurs attentes sexuelles autour du porno, constate-t-elle. Chez la partenaire, cela peut créer une baisse d’estime d’elle-même destructrice. »
Une version pour les mineurs
Les deux créatrices du pornomètre ont rapidement été contactées par des personnels de collège et de lycée qui souhaitaient utiliser l’outil dans le cadre de l’Evars. Résultat, elles ont sorti une version adaptée aux plus jeunes il y a quelques mois. « Nous voulions faire passer les bons messages sans les culpabiliser », précise Charlotte Démonté. Une préoccupation loin d’être anecdotique. Selon l’Arcom, 40 % des mineurs fréquentent chaque mois au moins un site pornographique en France.



