Pascal Lamy : « Investir dans l’économie bleue, ça fonctionne »
Pascal Lamy : « Investir dans l’économie bleue, ça fonctionne »

En marge du Blue Economy & Finance Forum 2026, son vice-président Pascal Lamy dresse les principaux enjeux relatifs à l’économie bleue. Des enjeux essentiels pour protéger 30 % des océans avant 2030.

Un appel aux investisseurs

Pascal Lamy se qualifie volontiers de « très vieux singe ». Ancien commissaire européen pour le commerce et ancien directeur général de l’Organisation mondiale du commerce, il est également vice-président du Blue Economy & Finance Forum (BEFF), dont la deuxième édition s’est tenue au Grimaldi Forum les 28 et 29 mai derniers. Sa mission ? Participer à la mobilisation de capitaux pour le financement de l’économie bleue, toujours dans l’optique de préserver un bien commun : les fonds marins. Pour rappel, l’objectif de protéger 30 % des océans d’ici à 2030 a été fixé dans le « cadre mondial pour la biodiversité Kunming-Montréal » en 2022. Un objectif tenable pour Pascal Lamy, mais sur lequel il faut accélérer, notamment via l’économie bleue.

L’évolution du BEFF

Interrogé sur l’évolution du BEFF depuis sa première édition, Pascal Lamy explique : « Nous avons changé d’approche avec la Principauté. Nous insistons désormais sur ce qui se fait actuellement. Car il y a de l’investissement dans l’économie bleue, comme la décarbonation des ports, le développement d’énergies marines propres, de l’aquaculture soutenable… On part de ce qui marche et on rassemble des acteurs financiers. Ce qui existe n’est pas réalisé à l’échelle adéquate, mais au lieu de se plaindre, on prend notre bâton de pèlerin, et, à Monaco, on sait le faire. Pour preuve, l’an dernier on a identifié 25 milliards d’euros d’opérations en cours, et on avait permis de rajouter une vague de 9 milliards d’investissements. L’originalité du BEFF, c’est que c’est du concret. On a arrêté les discours pour entrer dans l’opérationnel. »

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Mobiliser les financiers

Comment mobiliser les financiers pour passer à la vitesse supérieure ? « Il y a un peu de philanthropie dans la finance bleue, mais ce n’est pas elle qui fera son avenir. Ce qui fera son avenir, c’est de mettre en place des marchés où vous avez une offre de projets d’un côté et de l’autre, des gens prêts à financer. On appelle cela un marché financier. On a l’expérience avec l’économie verte et les obligations vertes. C’est un atout, car on sait ce qui a marché et ce qui n’a pas marché. Pour développer les obligations bleues, il est donc nécessaire de tenir compte de l’expérience acquise précédemment. »

Donc, en 2026, on peut dire aux acteurs financiers : « Venez investir dans l’économie bleue, cela fonctionne » ? « Oui, et le meilleur moyen de le faire comprendre, c’est de montrer des opérations, de les analyser, les disséquer… »

Les obligations bleues

Interrogé sur le concept d’obligations bleues, Pascal Lamy précise : « Vous avez de l’argent à investir, vous investissez dans des titres d’État, dans des bons du Trésor de votre pays, des titres publics, privés… L’idée est d’investir dans des projets liés à l’énergie, la pêche, le transport… avec une bonne rentabilité et dans des conditions de sécurité qui vous offrent un bon équilibre entre profitabilité et sécurité. Il faut les faire entrer dans le marché général des obligations. »

Le contexte géopolitique

Dans l’essor de cette économie, n’avez-vous pas peur du contexte géopolitique mondial ? « Le contexte est ce qu’il est. Cela n’empêchera pas les marchés financiers de fonctionner. Mais en matière de réduction du risque, il faudra que des entités publiques, que ce soit pays ou institutions, mettent au pot de départ. »

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Monaco et la finance bleue

Comment Monaco doit affirmer sa position dans la démocratisation des enjeux autour de la finance bleue ? « Monaco doit faire en finance bleue ce qu’elle a fait dans d’autres domaines de la soutenabilité. Concentrer sa diplomatie sur ces sujets pour y être influent. Je suis admiratif des choix stratégiques réalisés depuis trois générations qui consistent à concentrer les moyens de Monaco à un endroit où il y a une réputation, un savoir-faire et une tradition océanographique. Et cette idée, dans le spectre des grandes questions environnementales, de spécialiser Monaco vers la finance bleue, me paraît être un pari stratégique intéressant. »