La librairie Gibert, institution parisienne fondée en 1886, traverse une période charnière. Confrontée à la baisse des ventes de livres neufs et à la concurrence des géants du web, l'entreprise familiale mise désormais sur le livre d'occasion pour assurer sa pérennité. Cette stratégie, amorcée il y a quelques années, s'intensifie face à un marché du livre en pleine mutation.
Un marché du livre en crise
Le secteur de l'édition connaît une baisse structurelle des ventes de livres neufs depuis plusieurs années. En 2025, le chiffre d'affaires des librairies traditionnelles a reculé de 3,5 %, tandis que les ventes en ligne continuent de progresser. Gibert, avec ses 15 magasins à Paris et en région, n'échappe pas à cette tendance. La marge sur le neuf se réduit, et les charges fixes (loyers, salaires) pèsent lourd. C'est dans ce contexte que la direction a décidé d'accélérer le développement de l'activité d'occasion.
L'occasion, un marché porteur
Le livre d'occasion connaît un essor remarquable. Selon une étude du Syndicat national de l'édition, les ventes de livres d'occasion ont augmenté de 12 % en 2025, représentant désormais 18 % du marché total du livre. Les consommateurs, soucieux de leur pouvoir d'achat et de l'environnement, se tournent de plus en plus vers cette alternative. Gibert, qui dispose d'un stock historique de millions d'ouvrages, capitalise sur cette tendance. L'entreprise a modernisé ses rayons d'occasion, avec un système de classement par thèmes et une mise en avant des ouvrages rares.
Une stratégie omnicanale
Pour séduire une clientèle plus jeune, Gibert a également développé une plateforme en ligne dédiée à l'occasion. Les clients peuvent désormais acheter et vendre leurs livres via le site, avec un système de reprise en magasin. Cette approche omnicanale permet de toucher un public plus large et de fidéliser les clients. Par ailleurs, l'entreprise organise régulièrement des événements autour du livre d'occasion, comme des braderies ou des rencontres avec des bouquinistes.
Un modèle économique à réinventer
Le virage vers l'occasion n'est pas sans risque. La marge sur l'occasion est plus faible que sur le neuf, et la gestion des stocks est complexe. Cependant, Gibert mise sur le volume et la rotation rapide des ouvrages. L'entreprise a également investi dans un entrepôt de 10 000 m² en banlieue parisienne pour centraliser et trier les livres. Ce modèle permet de réduire les coûts logistiques et d'optimiser l'offre.
Un avenir incertain mais prometteur
Si la stratégie de Gibert semble prometteuse, l'avenir reste incertain. La concurrence des plateformes comme Amazon et des librairies indépendantes est féroce. De plus, la transition numérique du livre (livres audio, e-books) pourrait à terme réduire la demande pour le livre papier, même d'occasion. Néanmoins, Gibert peut compter sur sa notoriété et son ancrage local. En misant sur l'occasion, l'entreprise ne sauve pas seulement son modèle économique, elle participe aussi à l'économie circulaire et à la diffusion de la culture à moindre coût.
En conclusion, le livre d'occasion apparaît comme une bouée de sauvetage pour Gibert, mais aussi comme un vecteur de renouveau pour tout le secteur de la librairie traditionnelle. Reste à voir si cette stratégie sera suffisante pour faire face aux défis du XXIe siècle.



