Ikas-Bi : 40 ans d'enseignement bilingue basque à l'école publique à Sare
Ikas-Bi : 40 ans de bilinguisme basque à l'école publique

Ikas-Bi : 40 ans d'enseignement bilingue basque à l'école publique à Sare

L'association Ikas-Bi a fêté le 26 avril 2023, à Sare, quarante ans d'apprentissage autorisé de la langue basque à l'école publique. L'occasion de mesurer le chemin parcouru, semé d'embûches. Retour sur une information avec un article publié à l'époque.

« Nous sommes là pour rendre hommage à tous les parents et à tous les enseignants qui ne voulaient pas choisir entre apprentissage de la langue basque et école publique… » Ces mots émus ont résonné ce mercredi 26 avril 2023 sous le préau de la petite école de Sare. Quarante ans jour pour jour après l'ouverture de la première classe bilingue au sein d'une école de la République, en avril 1983, au Pays basque donc, le porte-voix historique d'Ikas-Bi, Thierry Delobel, y a honoré la mémoire des pionniers et encouragé les nouvelles générations à « continuer d'y croire ».

Avant de retracer les nombreuses embûches rencontrées par cette aventure, le président fondateur de l'association de parents d'élèves et enseignants, qui porte et soutient officiellement depuis 1986 l'apprentissage du bilinguisme à l'école publique, a d'abord eu une pensée particulière pour les anciennes inspectrices d'académie, Claudine Leralu et Isabelle Lichau, à l'origine de la création de la section de Sare. « Il en fallait du courage ! », souligne-t-il.

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À ses côtés, l'ancien directeur de l'école, Paul Milhet, ajoute le nom de la première enseignante, Anne-Marie Curutchet. « Pour tout vous dire, elle était descendue expressément de Paris parce que, dans l'équipe enseignante de l'époque, il n'y avait pas une seule personne bascophone. On ne savait pas vraiment où on allait mais on était tous très motivés », confie-t-il hors micro, ravi de mesurer le chemin parcouru en compagnie de son ancien élève devenu maire de Sare, Jean-Baptiste Laborde.

Des choses absurdes

Le coup d'œil dans le rétroviseur vient ensuite balayer toutes les grandes étapes du « parcours du combattant » initié collectivement dans le sillage favorable de l'élection de François Mitterrand, en 1981. La circulaire Alain Savary de 1982 avait ouvert la voie et l'appel d'air avait été énorme, puisque 60 sections bilingues étaient comptées vingt ans plus tard au Pays basque.

La bataille toujours actuelle pour la reconnaissance de l'apprentissage de l'euskara, en bilingue ou en immersif, évolua ensuite au gré des étiquettes politiques et des ministres. « On a connu des choses vraiment absurdes, comme lors du brevet des collèges de 1993 avec une notation des copies au prorata des mots français. Et encore en 2020, avec ce feuilleton autour de la loi Blanquer et de la classe immersive de Saint-Pierre-d'Irube », relève Thierry Delobel.

Un état des lieux encourageant

Ce rappel circonstancié s'accompagne d'un état des lieux encourageant. Invitée à représenter l'Éducation nationale en ce jour anniversaire, la très impliquée inspectrice d'académie, Marie-Pierre Cohéré, a en effet « le plaisir d'évoquer une courbe d'effectifs qui, non seulement ne redescend plus, mais augmente ».

À la rentrée 2022, 5 761 élèves suivaient un enseignement bilingue à l'école publique, dans 108 écoles. « Il y en aura 109 en septembre 2023, avec l'ajout sur la liste de l'école Estérençuby - Saint-Michel. Et la carte scolaire 2023 acte quatre équivalents temps plein de plus dédiés à l'apprentissage en basque », informe-t-elle.

Au-delà des chiffres, la représentante de l'Inspection d'académie note « les évolutions qualitatives » de l'enseignement bilingue dans les domaines du recrutement des professeurs des écoles, de la formation, de l'évaluation des élèves et de la production des outils pédagogiques. Elle ne cache pas toutefois qu'« il reste du travail », notamment au regard des effectifs qui ne suivent pas au second degré.

Le succès de l'immersif

Actuellement, 23 écoles publiques dispensent un programme immersif en petite et moyenne sections et une école qui la dispense jusqu'au CE2, pour un total de 618 écoliers. Cinq écoles de plus le feront en septembre 2023, à Bidart, Biriatou, Urcuit, Ustaritz et Tardets. Biarritz et Jatxou l'étendront à la grande section et Ascain l'étendra jusqu'au CP.

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Sauver la transmission

Témoin malgré elle d'« une génération sacrifiée » en ce qui concerne l'apprentissage des langues régionales, la conseillère départementale, Maider Behoteguy, assure en lien avec Bénédicte Luberriaga que le Département y travaille activement au niveau des collèges. « Favoriser cette continuité est un enjeu essentiel pour cette génération qui va pouvoir sauver la transmission », appuie-t-elle.

Quelques minutes auparavant, la sénatrice Denise Saint-Pé avait dit sa « fierté de voir cette école de la République évoluer dans la conjonction des intelligences ». Le mot de la fin est revenu à Thierry Delobel, adressé aux parents et enseignants sous forme d'encouragement : « Grâce à la loi Molac, notre enseignement est devenu intouchable. Alors continuez ! »