62% des jeunes femmes s'ennuient au lit : enquête sur le plaisir féminin
Ennui sexuel : 62% des jeunes femmes concernées

« J’ai l’impression d’avoir toujours entendu ces chiffres : les femmes ne prennent pas de plaisir et acceptent des rapports sexuels sans être consentantes. C’est comme si on était frappé par un mauvais sort. Si tu es une femme hétérosexuelle, ta vie sexuelle sera parfois non consentie et en plus de tout nulle », déplore Clémentine, 23 ans, face au constat soulevé par une enquête Ifop publiée en avril. Parmi les chiffres saillants : 62 % des Françaises de 18 à 24 ans déclarent s’ennuyer au lit.

Clémentine, en couple depuis quelques mois avec un homme dont elle est amoureuse, se reconnaît dans la formulation. « Le rapport à l’ennui a évolué avec mon partenaire actuel même s’il m’arrive encore d’avoir des pensées comme : “j’ai envie que ça s’arrête”, ou “j’espère que cela va changer”. Déjà parce qu’on en parle et parce que je ne dissocie pas l’intime de notre relation. Si je m’ennuie dans notre sexualité, peut-être que je m’ennuierai dans notre vie commune ? »

Reconnaître et nommer son propre ennui

Dans l’essai Trois soirs par semaine : Enquête sur la fréquence de nos rapports sexuels, entre mythes et injonctions (éd. Grasset), la journaliste Pauline Verduzier retrace comment les discours, notamment religieux et médicaux, ont normé les pratiques sexuelles au fil des siècles.

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« Ce qui est lassant pour ces jeunes femmes, c’est probablement l’hétéronormativité et une sexualité qui a été tellement codifiée qu’elle en devient extrêmement étriquée », explique l’essayiste. « L’ennui correspond à une répétition d’un script, qui n’est pas tant lié à ce que l’on fait mais plutôt au fait de ne pas se poser la question de ce qu’on aimerait faire. »

La journaliste voit cependant « un début » dans cette revendication d’une forme d’ennui – reconnaître et nommer son propre ennui –, tout en nuançant : « il faut aussi l’assumer, c’est-à-dire s’éduquer soi-même pour savoir ce qui nous fait plaisir et pouvoir le communiquer. Or, toutes les femmes n’ont pas l’espace de savoir ce qu’elles veulent dans leur intimité ».

Une femme qui agit, une femme qui jouit

Pour les jeunes femmes de 18 à 24 ans, la communication reste difficile à mettre en place. Les résultats présentés par le sondage de l’Ifop le démontrent : seulement 28 % des Françaises interrogées ont déclaré prendre des initiatives dans leurs rapports sexuels. Quels obstacles empêchent certaines à agir davantage pour leur propre plaisir ?

Enora, 23 ans, se souvient d’expériences où elle n’a « pas pris de plaisir avec un partenaire ». « Je me sentais oubliée », précise celle qui a déjà verbalisé ses envies mais qui n’osait pas « prendre le lead ». « C’est compliqué d’avoir des envies qui peuvent surprendre l’autre, alors on n’ose pas les exprimer par peur d’être jugées. » Célibataire, Enora explique se sentir davantage à l’aise pour s’exprimer quand elle est en couple avec une personne depuis plusieurs années. « Avec un coup d’un soir, on n’a pas suffisamment confiance », estime-t-elle.

« On apprend aux femmes à être des objets et non des sujets sexuels. Or, quand la femme est active, elle jouit ! », souligne Céline Vendé, sexologue et thérapeute du couple à Bordeaux. D’autres raisons expliquent cette sensation d’ennui : « une faible implication émotionnelle et corporelle au moment de l’acte » ou encore « une sexualité vécue en mode automatique avec la répétition d’un script sexuel phallocentré sur la pénétration ».

Des femmes condamnées ?

Or, ajoute la sexologue, « on sait que les femmes ne jouissent pas systématiquement de cette pratique ». Une donnée entrevoit une ouverture optimiste : la pratique de la pénétration comme synonyme d’un rapport sexuel recule depuis trois décennies. Preuve que les pratiques se diversifient même si une forme de fatalité plane chez certaines femmes : « Pour des filles de ma génération, c’est normal d’avoir des relations sexuelles avec un homme hétérosexuel et de s’ennuyer. Cela ne changera jamais, on est comme condamnée », observe Clémentine.

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« Sans communication, on passe à côté des plaisirs de l’autre », réagit de son côté Claire Alquier, sexologue à Paris. Alors comment faire si on souhaite dépasser cet ennui – tout en gardant en tête qu’il ne s’agit pas d’une obligation ?

« Il faut suffisamment s’intéresser à la question pour se l’approprier, être curieux de soi avant de l’être à deux. Cela ne passe pas que par la masturbation mais aussi par l’exploration de ses registres érotiques. Déceler les images et les sons qui nous excitent, à la manière dont on convoque son désir intellectuel et mental ». Car, en conclusion, Claire Alquier rappelle que le premier organe sexuel reste… le cerveau. « Pour dépasser l’ennui dans la sexualité, il faut y trouver de l’intérêt. » Une évidence jamais inutile à rappeler.

* Étude Ifop pour espaceplaisir, réalisée par questionnaire auto-administré en ligne du 23 au 27 janvier 2026 auprès d’un échantillon de 1 011 femmes, représentatif de la population féminine vivant en France métropolitaine âgée de 15 à 29 ans. Les résultats sont exprimés en pourcentage et arrondis à l’unité la plus proche.