Parfois, la bonne recette naît de la rencontre de deux ingrédients qui semblent a priori sans rapport l'un avec l'autre. On les marie et hop, ça prend ! L'entreprise Kignon relève de cette magie, puisqu'elle concilie deux problématiques éloignées : d'un côté, des industries agroalimentaires qui gaspillent énormément d'aliments, ce qui ne rend service ni à la planète ni à leur portefeuille ; de l'autre, des établissements et services d'accompagnement par le travail (Esat), accueillant des travailleurs en situation de handicap, qui ont de la peine à donner de l'ouvrage à leur personnel.
Les uns ont besoin des autres… mais personne n'y avait songé avant que les fondatrices de Kignon, Louise Doulliet (35 ans), Alix Guyot (31 ans) et Katia Tardy (40 ans), jouent les traits d'union. L'idée est simple : et si les employés des Esat venaient cuisiner dans les usines pour y faire la chasse au gaspillage ? Depuis 2021, ces trois jeunes ingénieures révolutionnent un modèle agroalimentaire jugé trop rigide.
Une idée née d'un constat
Le secteur agroalimentaire n'a pas l'habitude d'être bousculé. Pourtant, le gaspillage y est massif : chaque année, des tonnes de produits invendus ou non conformes sont jetées. Parallèlement, les Esat peinent à trouver des missions pour leurs travailleurs handicapés. Kignon propose une solution concrète : récupérer ces aliments destinés à la poubelle, les transformer en cookies savoureux dans les cuisines des Esat, puis les revendre aux entreprises. Un cercle vertueux qui réduit les déchets, crée de l'emploi inclusif et génère des revenus.
Un modèle économique durable
Les cookies Kignon sont fabriqués à partir de fruits abîmés, de céréales invendues ou de surplus de production. Les recettes sont élaborées avec soin pour garantir un goût irréprochable. Les fondatrices ont mis au point un process logistique qui permet aux travailleurs des Esat d'intervenir directement dans les usines, sous la supervision de chefs de production. Résultat : des produits de qualité, une réduction du gaspillage de 30 % dans les usines partenaires, et des emplois stables pour des personnes souvent éloignées du marché du travail.
« Nous voulons prouver que l'inclusion et la performance économique peuvent aller de pair », explique Louise Doulliet. « Le secteur agroalimentaire doit s'ouvrir à de nouvelles pratiques. »
Un succès grandissant
Depuis son lancement, Kignon a séduit plusieurs grandes entreprises agroalimentaires et a déjà évité le gaspillage de plus de 50 tonnes de nourriture. L'entreprise emploie aujourd'hui une trentaine de personnes en situation de handicap dans trois Esat partenaires. Les fondatrices prévoient de doubler ce chiffre d'ici 2027, en étendant leur modèle à d'autres régions.
Cette initiative novatrice montre qu'il est possible de conjuguer écologie, économie et solidarité. Un exemple à suivre pour un secteur en quête de sens.



