Installée à Coulounieix-Chamiers, en Dordogne, la maison de confitures artisanales Au Temps d’Eugénie perpétue un savoir-faire hérité de 1880. Pourtant, derrière les chaudrons en cuivre et les gestes ancestraux, une révolution silencieuse s’opère. Mathieu Pivaudran, dirigeant de l’entreprise, a choisi d’intégrer l’intelligence artificielle (IA) dans le processus de fabrication. Loin de remplacer l’artisan, l’IA vient sublimer son expertise, alliant tradition et modernité.
L’IA au service de la précision et de la RSE
L’adoption de l’IA est née d’une curiosité personnelle et d’une volonté d’optimisation. « Créer une nouvelle recette engage des matières premières coûteuses. Gâcher des fruits ou des épices à cause d’un dosage raté me posait un problème éthique et économique », explique Mathieu Pivaudran. L’IA permet de « crash-tester » les proportions avant la production, garantissant ainsi que le premier essai soit le bon. Cette démarche s’inscrit dans une politique de responsabilité sociétale des entreprises (RSE), réduisant le gaspillage et les coûts.
Des recettes primées grâce à l’IA
Concrètement, l’IA aide à associer des saveurs avec justesse. Par exemple, pour la confiture fraise-thym géraniol, les algorithmes ont déterminé les dosages idéaux, permettant une réussite immédiate. Cette création a d’ailleurs été récompensée d’une médaille de bronze au salon des Épicures. « Nous avons réussi nos essais du premier coup, sans rien jeter », se félicite le dirigeant. Toutefois, l’IA n’est pas infaillible : pour la lavande, les doses proposées étaient insuffisantes, et l’équipe a dû les doubler manuellement. Le cuisinier garde toujours la main sur l’équilibre final.
Un outil collaboratif et non intrusif
L’arrivée de l’IA a été bien accueillie au sein de l’entreprise de cinq personnes. « Plusieurs d’entre nous sont des digital natives ; les nouvelles technologies ne les impressionnent pas », précise Mathieu Pivaudran. La transparence et le partage des informations ont favorisé une collaboration sereine. L’IA est perçue comme un collaborateur doté d’un esprit critique, mais l’humain reste au cœur du processus. La fabrication traditionnelle persiste : chaudron en cuivre et cuillère en bois, avec des fruits sélectionnés à maturité optimale.
L’IA pour l’histoire et la stratégie
Au-delà de la production, l’IA a été utilisée pour dater les archives de l’entreprise. En analysant des photos de vieilles recettes et des portraits de famille, elle a confirmé la création en 1880. « C’est un travail de recoupement d’informations, un peu comme un journaliste », compare le dirigeant. Par ailleurs, un projet de data crunching est en cours pour analyser la répartition de la clientèle en France et adapter la stratégie commerciale, notamment pour l’export européen.
Une croissance maîtrisée et authentique
Malgré un contexte économique tendu, Au Temps d’Eugénie se porte bien. « Nous misons sur le temps long. Une maison qui existe depuis 1880 ne surréagit pas à une crise ponctuelle », affirme Mathieu Pivaudran. L’entreprise prévoit de conquérir de nouvelles épiceries fines en France et de se développer à l’international, tout en restant intransigeante sur l’authenticité de ses méthodes. L’IA, loin de dénaturer l’artisanat, permet de le préserver en réduisant le gaspillage et en optimisant la qualité.



