Anna voudrait tant parler japonais : « Quand je pourrai lire un roman, je serai vraiment en paix »
Anna est franco-japonaise. Sa mère a fait de nombreux efforts pour lui transmettre la langue nippone quand elle était petite. Mais la fillette voyait cela comme une corvée, jusqu’à ce qu’elle décide d’aller vivre au Japon pour mieux comprendre sa culture. Témoignage.
« Pour ma mère, c’était important qu’on apprenne le japonais. Jusqu’à mes 10 ans, elle nous obligeait, ma petite sœur et moi, à faire des exercices. Elle achetait chaque année toute la collection des manuels scolaires officiels : les livres de japonais, de maths, de sciences… Dedans, il y avait des petites histoires, des exercices. J’avoue que je ne les ai pas tous regardés. À l’époque, je percevais vraiment cela comme une corvée, parce qu’il fallait s’exercer après les devoirs de l’école française.
Pour nous motiver, un argument revenait toujours : “Comment vas-tu faire pour écrire une lettre à ta grand-mère ? Ce n’est pas elle qui va apprendre le français”, me disait ma mère. On faisait donc l’effort de lui écrire des lettres en japonais pour dire des choses aussi simples que : “Coucou mamie, comment vas-tu ?” Mais je n’allais jamais plus loin.
Adolescente, j’ai ressenti un manque. Je voyais mes cousins au Japon parler couramment, et moi je restais silencieuse lors des repas de famille. Je comprenais un peu, mais je n’osais pas parler. C’était frustrant. Je me suis alors promis d’apprendre sérieusement plus tard.
À 22 ans, j’ai sauté le pas : je suis partie vivre au Japon. Je me suis inscrite dans une école de langue et j’ai trouvé un petit travail. Les premiers mois ont été difficiles : je butais sur les kanjis, je mélangeais les niveaux de politesse. Mais peu à peu, j’ai progressé. Aujourd’hui, je peux tenir une conversation, lire un journal, et même regarder des films sans sous-titres. Mon objectif ultime est de lire un roman en japonais. Quand j’y arriverai, je serai vraiment en paix avec moi-même.
Cette langue, je la vois comme un héritage à perpétuer. Ma mère a souffert de ne pas me l’avoir transmise, mais elle est fière de me voir aujourd’hui la parler. Pour mes futurs enfants, je ferai différemment : je leur parlerai japonais dès le berceau, sans pression, avec douceur. Je veux qu’ils aient ce lien avec leurs racines, sans le sentiment de corvée que j’ai eu.
Anna fait partie de ces nombreux Franco-Japonais qui, adultes, entreprennent un voyage linguistique pour renouer avec une partie d’eux-mêmes. Son histoire illustre le défi de la transmission des langues familiales, entre obligation et désir, entre rejet et réappropriation.



