Entre Clarensac et Caveirac, Mathieu Fernez et Gérald Clément ont fondé en 2020 la Microferme de la Vaunage. Sur un terrain d'un hectare, ces deux passionnés ont créé un espace unique dédié à la nature et à la biodiversité. Leur ferme abrite de petits animaux, une mare, des grenouilles, des insectes, quelques poules et une multitude de plantes : aromatiques, potager et arbres fruitiers. Leur objectif est de sensibiliser les enfants et les entreprises à l'importance de la biodiversité à travers des actions concrètes.
Une pédagogie active pour les enfants
À la Microferme, les enfants des écoles et centres de loisirs sont invités à découvrir la nature par le toucher, l'odorat et l'expérimentation. Dans le potager, ils apprennent que planter du basilic au pied des tomates n'est pas seulement culinaire : son parfum masque celui de la tomate et repousse les parasites. Mathieu et Gérald expliquent et appliquent les principes de l'agroécologie de manière concrète. Leur approche ludique et éducative permet aux jeunes de comprendre les interactions entre les plantes et les insectes, et de développer un respect profond pour l'environnement.
Des microforêts pour végétaliser et sensibiliser
L'activité principale de l'association consiste à réaliser des opérations de végétalisation sous forme de microforêts, commandées par des collectivités ou des entreprises engagées dans une démarche de responsabilité sociétale (RSE). Chaque microforêt compte environ 300 arbres sur 100 m², créant un îlot de verdure dense qui favorise la biodiversité. Les trois strates de la forêt – herbes, arbustes, arbres – sont plantées sur un broyat riche de 20 cm d'épaisseur, qui conserve l'humidité. Seules des essences méditerranéennes sont utilisées, comme le chêne vert, le mûrier blanc, l'arbre de Judée, l'arbousier, le romarin, l'aubépine, la lavande et le micocoulier. Ces microforêts stockent le carbone, améliorent l'infiltration de l'eau et servent d'outil de sensibilisation pour les salariés. Mathieu raconte : "Parfois, certains sont réticents, mais planter des arbres les touche. Des plants de 20 cm atteignent deux mètres en un an : c'est très concret !"
Soigner la terre, soigner les hommes
Convaincus que prendre soin de la terre procure du bien-être, Mathieu et Gérald ont fondé l'association "Soignons la terre, soignons les hommes", dont ils sont les salariés. Mathieu se souvient d'une intervention à l'Institut thérapeutique éducatif et pédagogique Le Grezan à Nîmes, auprès d'enfants en difficulté : "Au début, on nous regardait de travers. Puis les enfants se sont pris au jeu. J'ai tout fait pour les valoriser. À la fin, certains avaient des étoiles dans les yeux et disaient que c'était ce qu'ils voulaient faire plus tard. Pour moi, c'est magique : on passe des insultes à une révélation." En cinq ans, l'association a déjà planté 23 microforêts, intervenant de Perpignan à Marseille, sur un territoire dont ils connaissent bien la végétation.
Un duo complémentaire
Les deux hommes se connaissent depuis l'enfance. Leurs frères étaient amis, et ils se sont retrouvés sur les bancs du lycée agricole de Rodilhan, Gérald passant son BTS Aménagement paysager et Mathieu son Bac S. Leurs chemins se sont ensuite séparés. Gérald a géré pendant vingt ans une entreprise de paysagiste à Nîmes, mais il en a eu assez de "faire toujours les mêmes jardins, avec des cailloux, des bâches et des palmiers". Sa philosophie est le "jardin en mouvement". Mathieu, après des études à Montpellier, a travaillé dans le bâtiment, le jeu vidéo, puis est revenu à Nîmes dans une entreprise d'import de produits bio, où il a retrouvé le goût de la nature. Ils reprennent contact et le projet de la Microferme prend forme. "Nous avons créé une association parce que le type d'actions que nous avons en tête a complètement l'esprit associatif. Mais comme nous venons du milieu de l'entreprise, il fallait qu'on en vive. Nous ne voulions pas dépendre uniquement des subventions. Elles nous servent à lancer des projets", explique Gérald. Aujourd'hui, 80 % du chiffre d'affaires provient des opérations de végétalisation et 20 % des animations, une part appelée à croître depuis que l'association a rejoint en janvier le Centre permanent d'initiatives pour l'environnement (CPIE) du Gard.
Des projets d'avenir
Leur travail a été récompensé par le prix local de l'Inspiration en économie sociale et solidaire de la Fondation Crédit Coopératif (3 500 €). Ils candidatent également à des fonds européens Leader et au Fonds pour le développement de la vie associative pour financer leur nouvelle ambition : produire leurs propres arbres pour alimenter les microforêts et ouvrir à terme une pépinière professionnelle. "Cela permettrait d'économiser environ 7 500 € par an et de dégager un peu plus de revenus", précise Mathieu. Ils visent aussi la labellisation "Végétal local" délivrée par l'Office français de la biodiversité. "Le cahier des charges est très strict, pour assurer la traçabilité de la graine à l'arbre", reconnaissent-ils. Malgré les contraintes, leur motivation reste intacte. "Nous choisissons ce que nous voulons faire ; cette liberté est précieuse. Elle implique des sacrifices financiers, mais nos familles nous soutiennent. Nous vivons heureux avec moins", conclut Gérald.



