Entre urgence économique, responsabilité politique et exigence écologique, la loi Duplomb révèle les tensions profondes qui traversent la ruralité française. Adoptée le 8 juillet à l'Assemblée nationale, cette loi continue de faire des vagues en Aveyron. En cause : le vote favorable des députés Stéphane Mazars et Jean-François Rousset, qui assument une position jugée « responsable » face à l'urgence agricole. Une position farouchement contestée par les écologistes et la Section socialiste de Millau, pour qui cette loi signe un recul grave en matière de santé publique, d'agriculture paysanne et d'environnement.
Une molécule, une urgence, une ligne
« Pas d'interdiction sans solution » : c'est le fil rouge revendiqué par les deux parlementaires aveyronnais. Face à la mouche asiatique qui ravage les vergers de cerises dans la vallée du Tarn, ils défendent une réponse concrète à ce qu'ils qualifient « d'impasse sanitaire ». Oubliant, sans doute un peu vite, les expérimentations menées actuellement dans le cadre du programme Ecophyto par les arboriculteurs de cette même vallée, qui rêvent d'une production 100 % bio pour peu que l'on les accompagne. Ce texte ne sacrifie ni les pollinisateurs ni l'exigence environnementale, affirment-ils. Il défend une agriculture de terrain, à taille humaine, souvent fragilisée, mais toujours engagée.
La loi Duplomb autorise, pour trois ans maximum et sous surveillance scientifique, l'usage de l'acétamipride, un pesticide néonicotinoïde déjà utilisé dans 25 pays européens. Ce n'est, selon les députés, « ni un chèque en blanc aux pesticides, ni un recul environnemental », mais un recours limité et encadré. Jugés « irresponsables », les parlementaires soulignent aussi d'autres dispositions du texte, comme le déblocage de projets de stockage d'eau à usage agricole, dans des conditions qu'ils jugent « raisonnables et écologiquement encadrées ». À leurs yeux, cette loi défend une agriculture de terrain, « souvent fragilisée, mais toujours engagée ».
Le principe de précaution balayé ?
Des arguments qui ne convainquent pas la Section socialiste de Millau. Dans un communiqué acéré, Gérard Deruy s'en prend notamment à Jean-François Rousset, médecin de formation et élu du Sud-Aveyron. « En tant que professionnel de santé, il aurait dû incarner le principe de précaution », regrette la section, rappelant que l'acétamipride est soupçonné d'effets neurologiques, cancérigènes et de troubles du développement. Une « bombe sanitaire » pour le chimiste Jean-Marc Bonmatin (CNRS), « probablement le pire néonicotinoïde pour la santé humaine », rappellent les Écologistes. Leur critique va au-delà de la seule molécule, accusant la loi de favoriser un modèle productiviste exportateur au détriment des petites exploitations locales, notamment biologiques. « Dans cette loi, rien n'est prévu pour le revenu paysan. »
Deux visions de l'agriculture qui s'affrontent
Les socialistes pointent également un vote politique évitable : « 26 députés de la majorité ont voté contre, 15 se sont abstenus. Rousset aurait pu faire de même », rappellent-ils, fustigeant une obéissance au groupe Renaissance plutôt qu'à la parole donnée aux électeurs de gauche. « Au soir du second tour des législatives de juin 2024, Jean-François Rousset déclarait pourtant que son résultat, obtenu notamment grâce à des voix venues de la gauche, l'engageait pour l'avenir. Pour autant, au moment décisif, il a choisi de suivre la ligne de son groupe. »
Clivant pour le moins, ce vote – comme les réactions qu'il suscite – met en lumière deux visions irréconciliables du monde agricole. D'un côté, une approche pragmatique, qui privilégie des solutions immédiates ; de l'autre, une exigence de rupture avec un modèle productiviste jugé destructeur pour l'environnement comme pour la santé. Une fracture qui, en Aveyron comme ailleurs, ne cesse de se creuser.



