Sur les pentes du mont Faron, rien ne semble avoir bougé. À première vue, la végétation paraît toujours aussi naturelle. Et pourtant, en y regardant de plus près, le sol est plus dégagé, les broussailles moins denses. Ici, pas de bruit de machines ni de coupes nettes : ce sont des chèvres et des brebis qui assurent le débroussaillage.
Depuis trois ans, cette méthode d’écopâturage est expérimentée sur le site, avec une ambition claire : prévenir les incendies tout en respectant l’environnement. À l’origine du projet, une volonté de la ville de Toulon de développer des solutions plus douces et durables sur ces espaces sensibles.
Un débroussaillage précis et naturel
« On devait intervenir sur des zones de débroussaillement obligatoire, autour des secteurs à risque. Jusqu’à présent, on utilisait surtout des moyens mécaniques. Puis on s’est dit : pourquoi ne pas tester une approche plus écologique ? », explique Philippe Bartoloméo, gestionnaire du site du Faron.
La première année, une quarantaine de chèvres avaient été mobilisées. Face aux résultats jugés encourageants, le dispositif a été renforcé. Aujourd’hui, le troupeau compte 50 chèvres et 30 brebis, sélectionnées pour leur complémentarité. Car toutes ne broutent pas de la même manière. Les chèvres, grimpeuses et peu difficiles, s’attaquent aux végétaux les plus durs, comme les ronces ou le chêne kermès, parfois même en hauteur. Les brebis, elles, préfèrent l’herbe et les jeunes pousses, au ras du sol.
« Le but du débroussaillement, ce n’est pas de faire du “propre” comme avec une machine. C’est d’enlever la biomasse qui permet au feu de progresser », précise Philippe Bartoloméo. Concrètement, en réduisant cette matière végétale, le feu ne peut plus circuler au sol. Et comme les arbres ont déjà été espacés en amont, il ne peut pas non plus se propager par le haut. Le résultat est à la fois efficace… et presque invisible. « Si on ne le sait pas, on ne voit pas que les animaux sont passés. On a l’impression que c’est naturel, qu’il ne s’est rien passé. Mais techniquement, le travail est fait. »
Un atout majeur sur ce site classé, très fréquenté par les touristes et les habitants, où l’impact paysager est une priorité.
Un projet collectif et encadré
L’expérimentation repose sur un travail partenarial. Le téléphérique du Faron, propriétaire du site, travaille avec la Métropole Toulon Provence Méditerranée, la ville de Toulon et l’Office national des forêts (ONF), qui valide les pratiques mises en place. D’autres acteurs interviennent également, comme le Comité communal feux de forêt (CCFF), notamment pour l’approvisionnement en eau des animaux. Cette coordination permet d’assurer un équilibre entre prévention des risques, respect de la biodiversité et contraintes réglementaires.
Des animaux bien traités et au cœur du projet
Sur le terrain, c’est Mansour Dhaouadi, berger et éleveur, qui accompagne le troupeau. Installé sur place pendant toute la durée de l’opération, il vit au rythme de ses bêtes, qu’il surveille jour et nuit. Le troupeau, habitué à vivre dehors toute l’année, suit un cycle bien réglé : pâturage le matin, repos en journée, déplacements entre plusieurs enclos pour éviter le surpâturage. Tout est pensé pour préserver à la fois les animaux et la végétation.
Ici, le bien-être animal n’est pas un détail, mais une condition essentielle du projet. « Quand les chèvres mangent bien, c’est qu’elles sont bien », résume le berger. Et au Faron, elles mangent beaucoup. Un signe que les conditions leur conviennent parfaitement. Les animaux disposent d’eau, d’apports en minéraux et d’espaces suffisants pour se déplacer. Le troupeau est également accompagné d’un chien de conduite nommé Cousco, chargé de guider les déplacements sans stress ni agressivité.
Une solution tournée vers l’avenir
Face aux résultats, l’initiative pourrait bien s’étendre. Cette année, le troupeau a déjà été mobilisé sur plusieurs sites de la métropole, et d’autres projets sont à l’étude. Au-delà de son efficacité, l’écopâturage coche plusieurs cases : écologique, économique, discret et porteur de lien social. Au mont Faron, les chèvres ne se contentent plus de brouter. Elles participent à une nouvelle manière de gérer les espaces naturels, plus respectueuse, plus vivante et sans doute appelée à se développer.



