Béziers : la location courte durée, une aubaine pour rénover des logements
Béziers : la location courte durée, une aubaine pour rénover

La porte ne paie pas de mine, ni la cage d'escalier, mais dès que l'on franchit le seuil de ce « loft Eiffel unique et atypique », l'effet « waouh » est inévitable : 170 mètres carrés sous verrière, un grand salon veillé par deux cariatides, trois chambres dont une nichée sur une mezzanine métallique. « C'est un ancien studio de danse, et l'ancienne propriétaire était antiquaire », explique Lucie Balzamo, qui gère le bien et l'a déjà loué à des Américains, des Anglais, et même un couple de Dubaï.

Des logements insolites pour une clientèle internationale

À six minutes de là, en haut des Allées, se trouve une autre location exceptionnelle, mais dans un tout autre style. « La première chambre, c'est l'Encordée, avec près de deux kilomètres de corde pour la déco, un spa, un extérieur », détaille le propriétaire, Jaïro Gil, en s'emparant d'une tablette et en faisant descendre l'écran d'un vidéoprojecteur devant le lit. « Tout est contrôlé par la domotique : la fausse cheminée, la vidéo, le spa ». Une volée d'escalier nous emmène ensuite dans une cave voûtée du XVIe siècle où a été aménagée une autre chambre, avec une baignoire de la taille d'une mini-piscine, et un lit rond suspendu au plafond par des chaînes. « Je suis sur le concept de la love room, pour les couples, poursuit-il. Mais j'ai aussi reçu un écrivain, qui voulait un lieu tranquille. »

Ces biens, qui se louent environ 400 euros les deux nuits pour le premier, et 300 euros la nuit pour le second, sont exceptionnels sur Béziers. Ils sont aussi les fleurons d'un business qui se porte très bien dans le centre-ville : celui de la location de courte durée. Pour deux personnes qui veulent passer un week-end, en juin, 314 annonces sont disponibles sur Airbnb, 119 sur Booking, sachant qu'il y a d'autres plateformes.

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Le métier de concierge se réinvente

Un phénomène récent qui a fait évoluer un vieux métier : celui de concierge. Ces intermédiaires qui remettent les clés, font les états des lieux, assurent le nettoyage, sont joignables sur le Net. Bouchra Chakloute, elle, a fait le pari d'ouvrir Come and Rest sur les Allées, il y a quatre ans, d'où elle gère une trentaine de biens : « J'ai des appartements de fou, franchement on ne se croirait pas à Béziers, assure-t-elle. Les locations se font toute l'année, avec une présence accrue d'étrangers pendant l'été, mais pas seulement : J'ai eu des Chinois en octobre, des Canadiens en avril. »

Un engouement dont l'explication est simple : le centre-ville a changé. « Il est beaucoup plus attractif pour les touristes », assure Lucie Balzamo, née à Béziers, qui a profité de cette évolution pour développer une activité de conciergerie à côté de son métier d'agent immobilier. La réflexion a été la même pour Jaïro Gil, entrepreneur dans le bâtiment, qui a racheté un immeuble abandonné en 2021 pour y faire deux appartements loués avec des baux classiques, et ses deux chambres disponibles sur les plateformes : « Je suis à côté du restaurant du chef trois étoiles Gilles Goujon, il m'envoie parfois des clients », se félicite-t-il.

Des investisseurs attirés par les prix bas

Ces touristes qui choisissent la location courte durée restent en moyenne deux ou trois jours. Attirés par le patrimoine – la vieille ville, la cathédrale, l'ancienne prison, le canal du Midi –, et la proximité de la mer, ils viennent littéralement du monde entier. Le profil des propriétaires, lui, est tout aussi varié. Ce sont des particuliers qui louent leur bien une partie de l'année, mais aussi des investisseurs plus conséquents. Marin Laval, de l'agence immobilière Daure, évoquait récemment dans Midi Libre un homme d'affaires qui avait acheté douze immeubles dégradés à Béziers, pour les transformer en Airbnb. « Les investisseurs profitent des prix à Béziers qui sont encore bas », explique-t-il. Et même si pour son agence ce genre de transaction reste marginale, il est à l'écoute de ce qui se dit dans le milieu, et n'est jamais à bout de surprises : « Pour certains concierges, les affaires marchent très bien. Ils gagnent leur vie en se déplaçant en trottinette d'un appartement à l'autre, et refusent même d'aller en dehors de Béziers. Le centre-ville, ça leur suffit. »

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Un moyen de rénover des immeubles vides

Dans certaines villes, Airbnb est accusé de tous les maux : surtourisme, habitants privés de logement, spéculation – mais pas à Béziers. « Nous ne sommes pas dans une métropole ou sur le littoral où la pression immobilière est très forte, explique Jean Muller, directeur de l'office du tourisme. Chez nous, la location de courte durée est même un moyen de faire rénover des immeubles qui sans cela resteraient vides. » Il ajoute quelques chiffres : en 2022, la location sur les plateformes dans l'agglomération a représenté un chiffre d'affaires de 20 millions d'euros, dont plus de 7 millions à Béziers, et ces dernières ont fourni un tiers de la taxe de séjour. Mais selon Jean Muller, on est encore loin de la saturation : il y a encore 6 000 logements vacants à Béziers (17 % du parc).