Une mobilisation sous haute surveillance à Bure contre le projet Cigéo
Ce dimanche ensoleillé de printemps, une manifestation a rassemblé plusieurs dizaines de personnes à Bure dans la Meuse, en dépit de l'interdiction prononcée par la préfecture. Les protestataires entendaient exprimer leur opposition ferme au projet Cigéo, ce centre controversé d'enfouissement des déchets nucléaires les plus radioactifs. Environ 85 militants, selon le décompte des autorités, ont quitté l'ancienne gare de Lunéville, un lieu symbolique de la contestation, pour converger vers Mandres-en-Barrois, au cœur de la campagne meusienne.
Un dispositif sécuritaire « adapté à la menace »
La préfecture a justifié son interdiction en invoquant des risques de troubles graves à l'ordre public, précisant que des informations faisaient état de la présence attendue de groupes radicaux susceptibles de recourir à des actions violentes. En conséquence, un dispositif de sécurité imposant a été mis en place, qualifié d'« adapté à la menace » par les autorités. Des zones d'exclusion interdisant la circulation des personnes et des véhicules ont été établies, notamment autour des installations de l'Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra), maître d'œuvre du projet.
« C'est incroyable le nombre de camionnettes qu'il peut y avoir, de grosses camionnettes de gardes mobiles. On a l'impression d'être dans un état de siège complet », témoigne Agathe, une co-organisatrice de l'événement souhaitant garder l'anonymat. Un hélicoptère et des drones survolaient la zone, tandis que de nombreux contrôles étaient effectués par les forces de l'ordre, dont le nombre exact n'a pas été communiqué.
Un projet colossal aux enjeux colossaux
Lancé en 1991, le projet Cigéo prévoit à partir de 2050 l'enfouissement à 500 mètres sous terre de 83 000 mètres cubes de déchets issus des centrales nucléaires. Ces résidus, qui resteront hautement radioactifs pendant plusieurs centaines de milliers d'années, représentent un défi technique et environnemental sans précédent. Le coût estimé par l'État s'élève désormais à 33,36 milliards d'euros, dépassant largement les 25 milliards envisagés en 2016.
Cette manifestation s'inscrit dans une longue histoire de contestation. En septembre dernier, entre 700 et 2 000 personnes, selon les sources, s'étaient déjà rassemblées sur les lieux lors d'un rassemblement déclaré, mais également placé sous haute surveillance policière. La préfecture avait alors dénombré environ 200 militants black blocs, vêtus de noir et le visage dissimulé.
Malgré le calme apparent de la marche de ce dimanche, la tension reste palpable autour de ce dossier sensible, où les impératifs de gestion des déchets nucléaires se heurtent aux inquiétudes environnementales et sanitaires des populations locales et des militants écologistes.



