Une mobilisation massive à Saint-Denis prépare une journée nationale à Paris
Plusieurs milliers de personnes, estimées à environ 6 000 selon une source policière, se sont rassemblées samedi devant la mairie de Saint-Denis dans une ambiance festive et sans incident. Ce rassemblement, organisé à l'appel du nouveau maire insoumis Bally Bagayoko, a marqué une étape importante dans la lutte contre le racisme et a servi de prélude à une mobilisation nationale annoncée pour le mois de mai.
Bally Bagayoko dénonce une campagne de haine médiatique
Victime d'une campagne de haine depuis son élection dès le premier tour le 15 mars, l'édile a pris la parole pour condamner fermement ce qu'il a qualifié d'« irresponsabilité d'un ensemble de médias racistes qui font prospérer le racisme ». Il a également appelé à un nouveau rassemblement le mois prochain, confirmant ainsi la volonté de poursuivre la mobilisation.
Le député de Seine-Saint-Denis Eric Coquerel a rapidement relayé l'information sur le réseau social X, annonçant : « Prochain rendez-vous le 3 mai pour marcher à Paris contre le racisme ». Cette annonce officialise la prochaine étape du mouvement initié à Saint-Denis.
Une large coalition de soutien et des réactions politiques contrastées
La foule, aux côtés de plusieurs syndicats et associations, a été rejointe par de nombreuses personnalités politiques de gauche. Parmi elles figuraient les insoumis Jean-Luc Mélenchon, Mathilde Panot, Sophia Chikirou, Sébastien Delogu et le nouveau maire de Roubaix David Guiraud, ainsi qu'une délégation socialiste. Bally Bagayoko a conclu son discours en lançant : « Nous n'avons pas peur de l'extrême droite, la lutte contre le racisme est une lutte que nous allons gagner. Nous sommes la France ! », avant que l'assemblée ne termine par une Marseillaise.
Jean-Luc Mélenchon a pour sa part dénoncé « une vague de racisme écœurant venant des élites politico-médiatiques qui, sans réserve, sans frein, ont étalé leur mépris à l'égard d'une partie de notre peuple ». Cependant, malgré la présence de certains élus socialistes comme le président du département de Seine-Saint-Denis Stéphane Troussel, et bien que le député socialiste Jérôme Guedj ait apporté son « plein soutien » sur X, la méfiance persiste entre LFI et le Parti socialiste. Le maire de La Courneuve Aly Diouara a même estimé que le Parti socialiste devait « se ressaisir ou dégager ».
Enquête judiciaire et réactions gouvernementales
Une enquête judiciaire a été ouverte par le parquet de Paris pour « injure publique en raison de l'origine, l'ethnie, la nation, la race ou la religion », suite au dépôt de plainte de Bally Bagayoko contre la chaîne CNews du groupe Bolloré. Les 27 et 28 mars, sur cette chaîne, des propos faisant des liens entre le maire et « la famille des grands singes » et critiquant une attitude de « mâle dominant » avaient été tenus. Le groupe Bolloré conteste « formellement que de quelconques propos racistes aient été tenus ».
Bally Bagayoko a également exprimé son regret concernant l'absence d'Aurore Bergé, ministre déléguée chargée de la Lutte contre les discriminations, déclarant sur Franceinfo : « S'il y a bien une ministre qui aurait dû être là, c'est bien elle ». En réponse, le ministre de l'Éducation nationale, Edouard Geffray, a défendu la position du gouvernement en affirmant que « la place d'un ministre, ce n'est pas d'être dans une manifestation citoyenne », tout en assurant que « le combat est complètement partagé par le gouvernement et par l'État ».
Incidents racistes en province et perspectives de mobilisation
Parallèlement, à Bagnères-de-Bigorre, à environ 800 kilomètres de Saint-Denis, des tags demandant la « remigration » de Bally Bagayoko et d'autres élus LFI comme Danièle Obono, Carlos Martens Bilongo et l'eurodéputée Rima Hassan ont été découverts sur « plusieurs murs du centre-ville ». La mairie a immédiatement porté plainte, soulignant ainsi la persistance des actes racistes à travers le territoire.
Cette série d'événements, combinée à l'enquête judiciaire en cours et aux réactions politiques divergentes, met en lumière les tensions croissantes autour de la question du racisme en France. La manifestation du 3 mai à Paris s'annonce donc comme un moment clé pour la suite du mouvement, avec des attentes élevées quant à sa capacité à rassembler et à faire avancer le débat public sur ce sujet crucial.



