L'extinction nocturne des lampadaires en ville : un débat politique et scientifique
De nombreux candidats de droite et d'extrême droite aux élections municipales ont annoncé leur intention de rallumer les lampadaires publics la nuit, arguant que cela réduirait l'insécurité dans les rues. Cependant, cette affirmation n'est pas étayée par des preuves scientifiques solides, et les recherches tendent même à indiquer le contraire.
Les promesses électorales face à la réalité des faits
À Bordeaux, le nouveau maire Thomas Cazenave s'était engagé pendant la campagne à « rallumer la lumière partout et toute la nuit » pour renforcer la protection des habitants. À Lyon, le candidat Jean-Michel Aulas proposait de faire de la ville la plus « women-friendly de France d'ici 2030 » en installant un éclairage intelligent dans les zones perçues comme anxiogènes pour les femmes. À Paris, la candidate d'extrême droite Sarah Knafo affirmait avec assurance dans une vidéo anxiogène que « la lumière est ce qui fait le plus fuir les agresseurs », une déclaration qui instrumentalise la peur sans base factuelle.
Les enjeux économiques et environnementaux de l'éclairage public
L'éclairage public représente environ 40 % des dépenses d'électricité des communes, selon l'Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Énergie (Ademe). Face à la nécessité de réaliser des économies et de lutter contre la pollution lumineuse, environ deux tiers (62 %) des communes en France métropolitaine ont adopté des mesures d'extinction partielle ou totale des lampadaires pendant la nuit. Cette pratique permet non seulement de réduire les coûts énergétiques, mais aussi de préserver la biodiversité nocturne et de limiter les impacts sur la santé humaine.
L'absence de lien prouvé entre éclairage et délinquance
Les études scientifiques menées sur le sujet ne démontrent pas de corrélation significative entre l'extinction des lampadaires et une augmentation de la délinquance. Au contraire, certaines recherches suggèrent que la lumière peut parfois faciliter les activités criminelles en rendant les cibles plus visibles. Les experts soulignent que la sécurité urbaine dépend davantage de facteurs sociaux, économiques et de présence humaine que de la simple intensité lumineuse.
Les politiques publiques doivent donc prendre en compte ces éléments pour éviter des décisions basées sur des perceptions erronées. La recherche d'un équilibre entre sécurité, économies d'énergie et protection de l'environnement reste un défi majeur pour les municipalités.



