Saint-Tropez en guerre contre un ravageur dévastateur
Des taches rouges inquiétantes au milieu de la canopée verdoyante, parfois même des trous béants... Sur les hauteurs de la Presqu'île de Saint-Tropez, le paysage se transforme de manière alarmante. Cette mutation visuelle témoigne d'une invasion silencieuse mais dévastatrice : celle de la cochenille-tortue, scientifiquement nommée Toumeyella parvicornis. Depuis son introduction accidentelle dans le quartier de la Belle Isnarde et le long du chemin du Pinet en septembre 2021, ce piqueur-suceur s'attaque sans relâche aux emblématiques pins parasols du Golfe.
Un patrimoine naturel menacé
Accroché aux branches des arbres, ce nuisible consomme avidement la sève des pins, les privant progressivement de leur hydratation essentielle. Malgré cinq années de traitements divers et d'alertes répétées, l'insecte continue sa progression destructrice. Lors de la dernière séance municipale, le conseiller de la minorité Jean-Baptiste Giordana a interpellé la maire Sylvie Siri sur l'urgence de la situation : « Malgré un cadre réglementaire existant depuis 2022 et de multiples alertes, les actions engagées restent aujourd'hui dispersées et sans coordination globale », a-t-il déclaré avant d'ajouter : « Devons-nous nous préparer à la disparition progressive des pins parasols si rien n'est structuré rapidement ? »
Des traitements expérimentaux et des décisions difficiles
En réponse, la maire a dressé un bilan exhaustif des actions entreprises depuis le début de cette crise environnementale. « Il n'existe aujourd'hui aucune solution immédiate ou miracle », a-t-elle reconnu d'emblée, tout en détaillant les multiples fronts ouverts contre l'invasion. Dès 2022, la municipalité a organisé des réunions d'information avec les Tropéziens et lancé des campagnes de traitements biologiques sur les espaces publics. L'année suivante, ces opérations ont été accélérées et diversifiées.
Parmi les mesures les plus innovantes figure l'endothérapie, une technique curative consistant à injecter des produits directement dans le système vasculaire des arbres. « Nous avons obtenu un accord exceptionnel et dérogatoire de l'État pour utiliser cette méthode », a précisé Sylvie Siri, ajoutant que cette autorisation a ensuite bénéficié à d'autres communes de la région. Parallèlement, depuis trois ans, la ville procède à des pulvérisations mensuelles d'insecticide naturel pour maintenir en vie le maximum d'arbres.
Face à l'ampleur des dégâts, la municipalité a dû prendre des décisions douloureuses : « La ville assume aussi l'abattage d'arbres trop atteints pour limiter la propagation », a expliqué la maire. En 2023, une vingtaine de pins ont ainsi été coupés, principalement autour de la Citadelle et de la chapelle Sainte-Anne. Concernant les propriétaires privés, la commune s'engage à les informer sur demande et a signé une convention pour tester l'endothérapie avec des produits naturels sur leurs terrains.
Une coordination régionale renforcée
Le tournant décisif dans cette lutte est intervenu récemment avec la mise en place d'une véritable stratégie collective. Le 28 janvier 2026, la Direction Régionale de l'Alimentation, de l'Agriculture et de la Forêt (DRAAF) a réuni à Ramatuelle toutes les communes concernées par l'invasion. De cette rencontre est né un comité de pilotage guidé par les services de l'État, dont la première réunion technique s'est tenue le 31 mars.
« Cette réunion a permis de franchir une étape décisive », s'est félicitée Sylvie Siri. « Nous avons confirmé la mise en place d'un programme sanitaire d'intérêt collectif organisé autour de trois axes : prévention, surveillance et lutte ». Une charte des bonnes pratiques a été élaborée pour encadrer les interventions et harmoniser les méthodes sur l'ensemble du territoire. La démarche scientifique a également été renforcée avec la saisine de l'Agence Nationale de Sécurité Sanitaire (Anses) pour améliorer les connaissances sur les traitements et la gestion des déchets.
Une mobilisation à l'échelle départementale
La lutte contre la cochenille-tortue vient de connaître une nouvelle accélération avec l'implication directe du préfet du Var, Simon Babre. Lors d'une conférence de presse conjointe avec le comité départemental de lutte contre les espèces envahissantes, les autorités ont présenté les avancées des dispositifs et des moyens mobilisés. Des flyers d'information à destination du grand public ont été distribués pour sensibiliser les particuliers à la détection des pins contaminés et aux gestes à adopter pour limiter la propagation du ravageur.
Cette communication massive vise à créer une véritable mobilisation citoyenne face à un ennemi qui ne connaît pas les frontières administratives. Alors que les pins parasols continuent de dépérir sous les assauts de la cochenille-tortue, Saint-Tropez et ses voisins mènent une course contre la montre pour préserver ce patrimoine naturel emblématique de la Côte d'Azur. La bataille est loin d'être gagnée, mais la coordination renforcée entre communes, services de l'État et scientifiques offre un nouvel espoir dans cette guerre écologique silencieuse.



