Ahmad Vahidi, le nouveau chef impitoyable des Gardiens de la révolution iraniens
Ahmad Vahidi, le nouveau chef impitoyable des Gardiens de la révolution

Crâne dégarni, yeux tombants, barbe blanche soigneusement taillée : Ahmad Vahidi a l’allure d’un homme ordinaire. À 67 ans, le nouveau commandant en chef du Corps des Gardiens de la révolution islamique (CGRI) ne ressemble pas à l’image du chef militaire flamboyant. Pourtant, derrière cette apparente bonhomie se cache l’un des décideurs les plus redoutés et influents du régime iranien.

Une figure clé dans l'ombre

Tant pis s'il n'a pas été vu en public depuis le 8 février dernier. Depuis les frappes américano-israéliennes du 28 février, qui ont coûté la vie à plusieurs responsables militaires iraniens, dont son prédécesseur Mohammad Pakpour, Ahmad Vahidi est plus que jamais l'un des principaux architectes de la réponse de Téhéran. Alors que les États-Unis ont frappé l'Iran, lundi 26 mai, après des progrès dans les négociations, cette figure de l'aile dure du pouvoir ferait partie du cercle très restreint en contact direct avec le nouveau Guide suprême, Mojtaba Khamenei.

"Les décisions sont prises par consensus et Ahmad Vahidi a incontestablement une voix qui porte", résume Ali Vaez, directeur du projet Iran à l’International Crisis Group, au micro de CNN.

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Un homme de confiance du régime

Sa nomination à la tête du CGRI n’a surpris personne. Dès décembre dernier, Ali Khamenei l’avait nommé chef adjoint du Corps des Gardiens de la révolution. Dans les cercles du pouvoir, Ahmad Vahidi apparaît depuis longtemps comme un homme de confiance du régime, façonné par la Révolution islamique et par quatre décennies de confrontation avec l’Occident.

Recherché par Interpol

Né en 1958 à Chiraz, dans le sud-ouest de l’Iran, Ahmad Vahidi rejoint très tôt les rangs révolutionnaires après la chute du shah en 1979. Formé à l’électronique et au génie industriel, il entre rapidement dans les appareils sécuritaires du nouveau régime. En 1981, il devient chef adjoint des renseignements des Gardiens de la révolution. "Il a été façonné par le CGRI", résume Danny Citrinowicz, ancien responsable du renseignement militaire israélien interrogé par CNN.

Au milieu des années 1980, Vahidi prend la tête de la Force Al-Qods, unité d’élite chargée des opérations extérieures iraniennes. Sous son commandement, cette branche joue un rôle central dans la construction du réseau d’alliés régionaux de Téhéran au Moyen-Orient. Mais son nom reste surtout associé à l’attentat contre le centre communautaire juif AMIA de Buenos Aires, en 1994, qui avait fait 85 morts et plus de 300 blessés. La justice argentine soupçonne Ahmad Vahidi d’avoir participé à l’organisation de l’attaque. L’Iran a toujours nié toute implication, mais Interpol maintient depuis des années une notice rouge à son encontre.

"Cet homme est impitoyable"

Au fil des décennies, l’homme gravit sans difficulté les échelons du pouvoir iranien. Ministre de la Défense à partir de 2009, puis ministre de l’Intérieur entre 2021 et 2024, il s’impose comme l’un des tenants les plus radicaux de la ligne sécuritaire. En 2022, les États-Unis le sanctionnent pour son rôle présumé dans la répression des manifestations déclenchées après la mort de Mahsa Amini. À l’époque, Ahmad Vahidi dénonçait les appels à retirer le voile comme un "plan colonial" destiné à affaiblir la République islamique.

Au sein du régime, sa réputation demeure celle d’un homme inflexible. "Pakpour et Salami faisaient figure d’instituteurs à côté de ce type. Cet homme est impitoyable", écrivait récemment le journaliste Mohammad Ali Shabani cité par nos confrères de BFMTV. Après l’échec des discussions menées au Pakistan entre responsables iraniens et américains à la mi-avril, les partisans d’une ligne dure ont repris la main. Dans les couloirs du pouvoir à Téhéran, la voix d'Ahmad Vahidi n'a sans doute jamais autant pesé.

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