En 2025, l'Europe a connu une forte progression de son trafic aérien, mais la France semble freinée par une taxation spécifique. Dans les aéroports de Nouvelle-Aquitaine, les situations sont très contrastées, avec des hauts et des bas.
Contexte européen et français
Selon le rapport de l'Union des aéroports français, le trafic aérien européen dépasse de 6,6 % son niveau de 2019. Des pays comme la Grèce (+28,3 %), la Croatie (+23,9 %) et l'Irlande (+12,3 %) enregistrent des progressions notables. La France, avec 210,5 millions de passagers en 2025, reste à -1,8 % par rapport à 2019. Cette contre-performance s'explique par la chute du trafic domestique (-26,6 % comparé à 2019), impactée par la loi climat et les hausses fiscales de la loi de finances 2025, notamment la taxe de solidarité sur les billets d'avion (TSBA, de 4,77 à 120 euros par passager) et le tarif de sûreté et de sécurité (T2S). En moyenne, le coût de touchée pour les compagnies dans les aéroports français affiche +18 %, ce qui a conduit plusieurs compagnies low-cost à supprimer des liaisons ou réduire leurs fréquences, particulièrement sur les plus petites structures.
Bordeaux-Mérignac : un décrochage assumé
Le cas de Bordeaux Aéroport est emblématique. Avec 5,8 millions de passagers en 2025, contre 7,1 en 2024 et 9,6 en 2019, il enregistre une chute de 10,9 % sur un an et de 23,8 % par rapport à son niveau pré-Covid. Ce recul s'explique par la concurrence ferroviaire renforcée depuis l'ouverture de la LGV Sud-Atlantique en 2017, qui a ramené Paris à deux heures de Bordeaux. Les lignes domestiques ont massivement réduit, voire disparu, comme la navette vers Orly et ses 600 000 passagers par an, conséquence de la loi climat de 2021. À cela s'ajoutent les hausses de taxes qui ont poussé certaines compagnies low-cost à redéployer leurs capacités hors de France, comme Ryanair (39 lignes au départ ou vers Bordeaux jusqu'à son départ en novembre 2024). Simon Dreschel, directeur général de Bordeaux Aéroport, assume ce recul : « Le trafic en soi n'est pas une fin. Faire du volume pour le volume est une erreur. La décision de Ryanair, nous ne l'avons pas subie, mais assumée. Nous n'étions pas prêts à tout pour faire du volume. » Il ajoute : « Nous sommes sortis grandis de cet épisode. Nous intéressons des compagnies avec lesquelles nous partageons des valeurs. Et si nous investissons actuellement, c'est pour être plus utile, plus agile, émettre moins de carbone, produire de l'énergie… L'arrêt de la navette au sortir du Covid nous a aidés à penser autrement que volume et low-cost. »
La Rochelle : une belle croissance freinée
Avec 303 669 passagers en 2025, l'aéroport La Rochelle-Île de Ré affiche une croissance de 3,2 % sur un an et de 30,3 % par rapport à 2019, l'une des meilleures performances de France. Son trafic quasi exclusivement international, notamment vers le Royaume-Uni, constitue son principal atout. Thomas Juin, directeur de l'aéroport et président de l'Union des aéroports français, regrette : « Nous pourrions faire beaucoup mieux tant la demande des voyageurs est forte. Mais les compagnies qui font des arbitrages en fonction de la fiscalité ou des taxes ne privilégient plus la France, moins rentable pour elles. » Son aéroport se situe dans la catégorie « aéroports de proximité » (entre 100 000 et un million de passagers), la plus exposée aux réductions de fréquences des low-cost. Thomas Juin milite pour une baisse des taxes qui fausse la concurrence entre aéroports hexagonaux et européens.
Biarritz résiste, Bergerac peine, Pau sous pression
L'aéroport de Biarritz Pays basque a accueilli 935 404 passagers en 2025, soit une légère progression de 1,9 % sur un an. Il consolide sa position de premier aéroport de la région hors Bordeaux, mais le trafic demeure inférieur de 12,3 % à son niveau d'avant Covid, reflétant sa dépendance au trafic domestique et aux compagnies low-cost désormais moins présentes. Biarritz bénéficie néanmoins de son attractivité touristique et de la forte demande internationale, notamment depuis le Royaume-Uni et les pays nordiques.
L'aéroport de Bergerac Dordogne Périgord a comptabilisé 242 449 passagers en 2025, en légère baisse de 1,7 % par rapport à 2024 et de 15 % par rapport à 2019. Avec un trafic composé à plus de 91 % de passagers low-cost, il illustre la vulnérabilité des petits établissements régionaux face aux arbitrages des compagnies à bas coûts. La hausse de la TSBA et du T2S a directement pesé sur le nombre de liaisons proposées par Ryanair.
L'aéroport de Pau Pyrénées présente la situation la plus préoccupante. Avec 236 678 passagers en 2025, son trafic s'est effondré de plus de 60,9 % par rapport à 2019. Son avenir, et sa proximité avec celui de Tarbes, suscite des interrogations croissantes chez les élus locaux.
Perspectives : entre vulnérabilité et espoirs
La montée en puissance du trafic low-cost était une tendance structurelle pour l'ensemble des aéroports de Nouvelle-Aquitaine. Cette dépendance (66 % en moyenne) est une arme à double tranchant : si les compagnies low-cost ont permis d'ouvrir des liaisons et de démocratiser l'accès à l'air, elles sont aussi les premières à supprimer des liaisons dès que la rentabilité est menacée. Les hausses fiscales de 2025 ont provoqué des retraits immédiats, comme l'a douloureusement expérimenté Bergerac. Un choc externe supplémentaire, comme une hausse des prix du kérosène ou des tensions géopolitiques, pourrait accélérer la marginalisation de plusieurs terminaux régionaux. Thomas Juin conclut : « Si la situation géopolitique évolue favorablement, je prédis un boom énorme de l'aérien. Beaucoup de compagnies attendent des avions dont les livraisons ont pris du retard. Mais dès 2027, des livraisons massives sont prévues, et comme la demande des voyageurs est énorme, l'activité va décoller de manière spectaculaire partout dans le monde. J'espère que la France et nos aéroports seront redevenus attractifs d'ici là. »



