La taxe de solidarité sur les billets d'avion plombe le trafic aérien français
La taxe de solidarité sur les billets d'avion (TSBA), entrée en vigueur le 1er mars dernier, a déjà provoqué une perte d'environ un million de passagers sur le marché aérien français selon les estimations de l'Union des aéroports français (UAF). Cette mesure fiscale, issue de la loi de finances pour 2025, prévoit des augmentations allant jusqu'à +443% pour les vols internationaux en classe économique sur les destinations supérieures à 5 500 kilomètres.
Un contexte défavorable pour le secteur aérien
Romain Wino, directeur de projets exploitation chez Edeis, l'opérateur de l'aéroport de Nîmes Grande Provence Méditerranée, ne cache pas son inquiétude : "Le contexte n'est pas vraiment favorable aujourd'hui en France pour le secteur aérien. L'augmentation de la taxe de solidarité sur les billets d'avion a un impact manifeste sur le prix du billet." Il ajoute, avec un certain fatalisme : "Pour certaines personnes, les conséquences sur les prix des billets peuvent devenir rédhibitoires."
Cette analyse est partagée par Thomas Juin, président de l'Union des aéroports français, qui lors de la présentation des résultats d'activité des aéroports français en 2025, a alerté sur "un décrochage silencieux de l'activité" face à une fiscalité qui a parfois triplé.
Un impact immédiat sur la saison estivale
La TSBA produit déjà ses effets pour la saison d'été 2026 qui vient de débuter. Selon une étude de l'UAF :
- Le trafic aérien français devrait enregistrer une perte d'environ un million de passagers par rapport à l'été 2024
- La saison 2026 devrait connaître près de 3 000 vols aller-retour en moins par rapport à la saison 2024
- La France peine à retrouver ses chiffres de 2019, année de référence pré-Covid
"Cette situation française est une anomalie en Europe", insiste Thomas Juin. "La France est un des rares pays européens à ne pas avoir retrouvé ses chiffres de 2019."
Ryanair, principale victime de la hausse fiscale
L'étude de l'UAF révèle que la compagnie irlandaise Ryanair est la plus impactée par la hausse de la TSBA. Les passagers perdus se concentrent principalement sur les vols domestiques et intra-européens, segments traditionnellement dominés par les compagnies low-cost pour lesquelles quelques euros de surcoût suffisent à détourner la demande vers des aéroports étrangers voisins.
La répartition des vols impactés est particulièrement éloquente :
- 52% des vols impactés sont opérés par Ryanair
- 18% par la compagnie espagnole Volotea
- 9% par easyJet et Transavia
Cette concentration pousse certains aéroports à réfléchir à réduire leur dépendance à Ryanair. "Les clients ne recherchent pas tous que du Ryanair", rappelle Romain Wino. "Avoir plusieurs compagnies permet de limiter le risque."
Une perte de compétitivité inquiétante
Thomas Juin met en lumière un autre indicateur alarmant : "L'offre de sièges au départ de la France, depuis le second trimestre 2025, n'augmente que de 1,5% contre 4,5% dans le reste de l'Europe." Ce chiffre illustre la perte de compétitivité du marché français face à ses concurrents européens.
Les menaces du patron de Ryanair de réduire les fréquences en France pour protester contre la hausse de la TSBA ajoutent une pression supplémentaire sur les aéroports régionaux déjà fragilisés par cette nouvelle fiscalité. La situation actuelle pose des questions cruciales sur l'avenir du transport aérien en France et son équilibre entre objectifs environnementaux et maintien de la connectivité des territoires.



