La SNCF déploie son offre low-cost entre Paris et Bordeaux
Ce samedi marque le lancement officiel de l'offre « Ouigo Train Classique » sur la liaison Paris-Bordeaux. Cette initiative stratégique vise à renforcer l'arsenal low-cost de la compagnie ferroviaire pour attirer davantage de voyageurs, particulièrement ceux habitués à utiliser leur véhicule personnel. Bien que conçue avant la récente flambée des prix du pétrole, cette nouvelle desserte arrive à un moment particulièrement opportun pour la SNCF.
Une offre testée en week-end avant extension
Jérôme Laffon, directeur de Ouigo à la SNCF, explique à 20 Minutes les contours de cette nouvelle offre. « C'est une offre qui existe déjà sur Paris-Nantes, Paris-Rennes et Paris-Bruxelles. Il y avait une demande importante pour Paris-Bordeaux, donc on va se tester sur le week-end (vendredi, samedi et dimanche), avant d'imaginer, éventuellement, une extension de cette offre en semaine pour 2027. »
Le train effectuera des arrêts aux Aubrais, Saint-Pierre-des-Corps, Futuroscope, Poitiers et Angoulême, desservant ainsi plusieurs territoires entre les deux métropoles.
Des prix divisés par deux pour un temps de trajet rallongé
Avec « Train Classique », le temps de parcours s'allonge significativement par rapport à la grande vitesse : 5h30 contre un peu plus de deux heures en TGV, puisque le train roule à 160 km/h contre 320 km/h. Cependant, la différence tarifaire est substantielle.
« Les prix sont au moins divisés par deux : on démarre à 10 euros, on va jusqu'à 59 euros maximum, et pour les enfants de moins de 12 ans c'est un prix fixe à 5 euros. Un billet sur deux est vendu à moins de 20 euros », précise Jérôme Laffon.
Les trains utilisés sont d'anciennes rames Corail rénovées, pouvant embarquer jusqu'à 500 personnes. La SNCF anticipe 100.000 voyageurs sur cette nouvelle ligne sur une année pleine.
Cibler les automobilistes et les familles
« Les jeunes, les familles, mais surtout des gens qui prennent d'ordinaire leur voiture », telle est la clientèle ciblée par cette offre. Les résultats sur les autres lignes semblent encourageants : « Sur Nantes, Rennes, Bruxelles, les taux de remplissage sont très bons, et ça démarre très bien pour Bordeaux. On voit donc qu'il y a différentes attentes, et les temps de parcours rallongés ne posent aucun problème à certaines personnes, si les prix sont plus bas. »
Le directeur de Ouigo insiste sur la mission environnementale : « Ouigo, c'est notre combat pour faire abandonner aux gens la voiture au profit du train, en proposant les prix les plus bas, que ce soit en grande vitesse ou en train classique. Ce sont des vraies propositions low-cost. On considère que 50% de nos clients n'auraient pas pris le train s'il n'y avait pas eu Ouigo. »
Une capacité d'adaptation limitée face à la demande croissante
Face à la hausse anticipée des prix des carburants, la SNCF reconnaît que la demande de trains est déjà très forte. « Elle a augmenté après le Covid, et va peut-être encore s'accélérer avec le contexte géopolitique », admet Jérôme Laffon.
Cependant, les marges de manœuvre immédiates sont limitées : « Qu'il s'agit de TGV Inoui ou de Ouigo, nous sommes déjà dans une utilisation très intensive, pour ne pas dire maximale, de nos trains. C'est pourquoi ce serait très difficile d'augmenter d'un coup notre offre. Si on devait réagir à très court terme, sur deux ou trois mois, les marges de manœuvre sont très réduites. »
La seule possibilité à court terme serait, « uniquement sur Inoui, faire passer quelques rames simples en doubles ». Pour cet été, la SNCF a déjà prévu « d'utiliser toutes nos rames au profit de nos clients ».
Des développements à moyen terme prometteurs
Des évolutions préparées depuis un moment vont néanmoins entrer en service dans les prochains mois. « Le nouveau TGV M qui arrive cette année sur le Sud-Est va donner plus de capacités », annonce le directeur.
Du côté de Ouigo, le développement s'accélère : « Ouigo de son côté va se développer à vitesse grand V, avec une augmentation de notre parc de 30% en dix-huit mois. Nous allons ainsi progressivement passer de 38 rames Ouigo à 50 à l'été 2027. »
Cette expansion permettra « d'ouvrir de nouvelles destinations, ou de nous renforcer sur des destinations existantes ». De plus, « les rames actuelles, qui accueillent 644 places, vont passer à 653 places, et comme elles circulent déjà en rames doubles, ce sera donc plus de 1.300 personnes embarquées à chaque liaison. »
Jérôme Laffon conclut : « Cela devrait nous permettre d'aller récupérer des clients qui vont être confrontés à des choix très complexes concernant l'utilisation de leur voiture, au regard de la flambée des prix. »
Anticiper la concurrence ferroviaire
Face à l'arrivée annoncée de concurrents sur l'axe Atlantique (Le Train, Velvet prévus pour 2028), la SNCF se prépare. « Cela nous incite à être encore plus attentifs, ce qui passe par les prix pour Ouigo et l'expérience de voyage améliorée pour Inoui », explique le directeur de Ouigo.
Cette stratégie duale - offres low-cost d'un côté, expérience premium de l'autre - vise à consolider la position de la SNCF sur un marché ferroviaire en pleine évolution, où la mobilité durable et l'accessibilité tarifaire deviennent des enjeux majeurs pour les voyageurs français.



