La Micra électrique : une renaissance stratégique pour Nissan
L'emblématique citadine de Nissan, après avoir accumulé les années, opère une transformation radicale en abandonnant définitivement le moteur thermique et la boîte de vitesses traditionnelle. En rejoignant le monde de l'électrique, elle vient enfin épauler la Leaf qui évoluait en solitaire dans cet univers. Cette sixième génération, bien que tardive, représente un virage stratégique majeur pour la marque japonaise puisqu'elle partage sa base technique avec la Renault 5 E-Tech Electric.
Une production française issue d'un partenariat inattendu
Pour le constructeur nippon, qui a historiquement peu collaboré avec Renault et cherche aujourd'hui à se repositionner, ce partenariat étroit constitue une surprise de taille. La voiture est en effet assemblée en France, sur le site de Douai, marquant une étape significative dans les relations industrielles entre les deux groupes. Bien que les deux modèles partagent des gènes techniques communs, leurs personnalités respectives divergent sensiblement.
Design : entre rondeurs élégantes et style international
Alors que la Renault 5 a opté pour une approche nostalgique avec des lignes anguleuses, la Micra, conçue par le bureau de design londonien, mise sur des formes arrondies et une élégance discrète particulièrement réussie. Ses phares expressifs rappellent le regard caractéristique des anciennes générations, tandis que la version haut de gamme Evolve arbore un pavillon à la teinte contrastée qui coiffe une silhouette plus imposante que compacte (3,97 mètres), solidement ancrée sur ses jantes de 18 pouces.
Absence de clin d'œil aux années 1980 ici, mais plutôt un style résolument international, presque rationnel mais indéniablement réussi. Cette orientation suggère clairement que Nissan vise une clientèle au-delà des frontières européennes, tout en conservant une touche de fraîcheur bienvenue dans un segment de plus en plus dominé par les mini-SUV.
Intérieur : ambiance apaisante et équipements connectés
À bord, l'atmosphère ne rompt pas radicalement avec celle de la Renault dont elle reprend les éléments principaux, simplement habillés différemment. Les plastiques finis façon laque, l'habillage textile du tableau de bord et une ergonomie particulièrement claire contribuent à créer un sentiment d'apaisement remarquable.
Les deux écrans de 10,1 pouces (dont l'écran central tactile) sont parfaitement intégrés et évitent toute surcharge visuelle. Le système multimédia fonctionne sous Google Automotive avec ses applications dédiées, tout en étant compatible avec Apple CarPlay et Android Auto. Si les boutons physiques restent nombreux, un point positif mérite d'être souligné : la présence d'un raccourci personnalisable pour les aides à la conduite, permettant de retrouver ses réglages préférés après chaque démarrage.
Les sièges, particulièrement moelleux et bien dessinés, bénéficient d'un garnissage spécifique. Cependant, ils ne disposent d'aucune commande électrique, ce qui surprend sur un modèle affichant un prix de 36 000 euros. L'espace intérieur reste convenable pour quatre adultes (voire cinq en dépannage), bien que la hauteur de la banquette arrière soit légèrement compromise par la batterie logée sous le plancher.
Performances et autonomie : des chiffres réalistes
Fait notable, Nissan communique ouvertement le prix de la batterie seule : 19 095 euros, garantie huit ans ou 160 000 kilomètres. Le coffre offre un volume honorable de 325 litres, dans la moyenne du segment. Techniquement, la Micra électrique repose sur la plateforme AmpR Small (anciennement CMF-BEV) et est animée par un moteur de 90 kW (122 ch).
Alimentée par une batterie de 42 kWh en entrée de gamme, elle annonce une autonomie de 317 kilomètres selon le cycle WLTP. La version équipée d'une batterie de 52 kWh voit cette autonomie grimper à 416 kilomètres. Toutes les versions acceptent une recharge rapide jusqu'à 100 kW.
Comportement routier : douceur et équilibre
Sur la route, la Micra électrique dégage rapidement une impression de douceur et d'équilibre malgré un poids avoisinant 1,5 tonne. L'amortissement, finement calibré, filtre convenablement les ralentisseurs, même si les grandes jantes absorbent modérément les imperfections des pavés urbains.
En milieu urbain, la direction légère fait merveille, bien qu'un rayon de braquage plus court aurait été apprécié. Les manœuvres peuvent s'avérer moins aisées en raison d'une visibilité latérale réduite, mais l'option « Pro Pilot Park » (environ 500 euros) résoudra au moins la problématique du stationnement. Sur route rapide, la voiture privilégie la souplesse à la fougue : les relances sont franches jusqu'à 100 km/h, puis la poussée s'atténue progressivement, la vitesse étant plafonnée à 150 km/h.
Les 416 kilomètres d'autonomie théorique ne seront probablement jamais atteints en conditions réelles. Il est plus réaliste de tabler sur 350 kilomètres en usage mixte et 250 kilomètres sur autoroute dans les meilleures conditions. Des palettes au volant permettent de gérer la récupération d'énergie lors des décélérations, système complété par la fonction « e-pedal » qui dispense le plus souvent d'utiliser les freins, par ailleurs excellents.
Recharge : des performances honorables
Comme sur la Renault 5, la recharge rapide est limitée à 100 kW, nécessitant environ trente minutes pour passer de 15% à 80% de charge, un compromis acceptable sans être exceptionnel. Pour les recharges domiciliaires, le chargeur embarqué de 11 kW triphasé conviendra parfaitement pour une recharge nocturne complète.
Conclusion : une citadine électrique qui affirme sa personnalité
Si le risque de produire un simple clone de la Renault 5 n'est pas totalement écarté, la Nissan Micra électrique s'en tire avec les honneurs en affirmant une personnalité distincte et séduisante. Nissan ayant investi dans les installations de Renault à Douai, il ne fallait pas s'attendre à un positionnement tarifaire plus compétitif que celui de la R5. La Micra, autrefois véhicule populaire, bascule ici dans l'univers plus confidentiel des citadines électriques premium, prenant pour référence la Mini électrique. Une transition qui pourrait dérouter certains anciens adeptes de la marque.
Gamme de prix : à partir de 28 000 euros et jusqu'à 36 000 euros pour le modèle testé.



