La flambée du gazole étrangle les transporteurs frontaliers français face à l'Espagne
Gazole : les transporteurs français souffrent face à l'Espagne

La flambée du gazole étrangle les transporteurs frontaliers français face à l'Espagne

La hausse des prix du gazole n'est pas uniforme à travers l'Europe, variant considérablement selon les politiques gouvernementales des différents pays. Cette disparité crée des situations particulièrement critiques pour les entreprises françaises situées à proximité des frontières, où la concurrence avec les nations voisines devient de plus en plus inégale.

Bénesse-Maremne, une proximité qui coûte cher

Bénesse-Maremne, située à seulement trois quarts d'heure de route de la frontière espagnole, illustre parfaitement ce phénomène. Depuis le début du conflit au Moyen-Orient et les multiples augmentations des prix des carburants qui en découlent, cette distance géographique semble s'être réduite en termes d'impact économique.

Les Transports Azpeitia, une entreprise familiale bénessoise spécialisée dans le transport de marchandises, notamment de bois, subit de plein fouet cette crise. Jean-Michel Azpeitia, coprésident de l'entreprise avec son frère, témoigne : « La montée des prix du gazole, entre 10 et 15 %, nous cause un vrai souci ».

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Avec une flotte de 160 véhicules difficilement convertibles à l'électrique, l'entreprise doit composer avec une réalité économique implacable : « À chaque transport, on paie le gazole, et derrière on le refacture au client. Sauf qu'il y a un décalage d'un mois ».

Un impact financier considérable

Ce décalage temporel a des conséquences financières lourdes. En mars dernier, l'entreprise a dû avancer environ 160 000 euros sur sa trésorerie avant de pouvoir répercuter ces coûts sur ses clients. Une somme qui, selon Jean-Michel Azpeitia, ne sera jamais totalement récupérée si les prix à la pompe ne reviennent pas à leur niveau antérieur.

La situation est d'autant plus préoccupante que l'activité de transport varie selon les saisons : « Si le prix redescend en décembre, on y perdra par rapport à aujourd'hui ». Conséquence directe de cette hausse, le taux de pied de facture gazole est passé de 10 à 23 %, alourdissant considérablement le coût des prestations.

La distorsion concurrentielle avec l'Espagne

Le véritable problème réside dans la différence de traitement entre la France et l'Espagne. Alors que l'Espagne a mis en place des aides à la pompe, la France n'a pas adopté de mesures similaires, créant une distorsion de concurrence significative.

Jean-Michel Azpeitia explique : « On est très proches de l'Espagne, où le gazole est aujourd'hui à 1,80 € le litre, contre environ 2,30 € chez nous ». Cette différence de prix de 50 centimes par litre représente un avantage concurrentiel majeur pour les transporteurs espagnols, menaçant directement les entreprises françaises frontalières.

Le dirigeant craint que cette inflation des prestations n'engendre d'autres problèmes : « Des clients peuvent arrêter ou aller voir d'autres transporteurs plus compétitifs ».

Des stratégies d'adaptation variées

Face à cette crise, les entreprises de transport développent différentes stratégies d'adaptation. Chez Azpeitia, comme dans de nombreuses autres entreprises du secteur, on optimise les opérations : « On travaille sur les minimums de commandes, sur les fréquences de livraison, on regroupe tout sur les mêmes jours. On roule moins vite, aussi ».

Pourtant, toutes les entreprises ne sont pas affectées de la même manière. À Saint-Geours-de-Maremne, les Transports Fraîchadour, spécialisés dans les produits frais, rencontrent moins de difficultés. Jean-Marc Oxoby, directeur du site, se réjouit : « On a la chance d'avoir une cuve de 40 000 litres, avec des prix avantageux, qui nous a permis de mieux appréhender les choses ».

L'entreprise a également optimisé ses livraisons et sa gestion des trajets. Curieusement, Jean-Marc Oxoby relativise l'impact de la concurrence espagnole : « Quant à l'Espagne ? Ils ne sont pas hyper concurrentiels, pour nous », contrairement au ressenti plus aigu de la crise énergétique de 2022.

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Une crise aux multiples facettes

Cette situation illustre comment les crises internationales, comme le conflit au Moyen-Orient, se répercutent concrètement sur l'économie locale des régions frontalières. Les transporteurs français doivent non seulement faire face à la hausse générale des prix du carburant, mais aussi à une distorsion concurrentielle créée par les différences de politiques gouvernementales entre pays voisins.

Alors que certaines entreprises parviennent à s'adapter grâce à des infrastructures avantageuses ou des optimisations opérationnelles, d'autres, comme les Transports Azpeitia, subissent de plein fouet les conséquences financières de cette crise. La question de l'harmonisation des politiques énergétiques au niveau européen se pose avec une acuité particulière pour ces entreprises frontalières, dont la survie dépend de leur capacité à rester compétitives face à leurs voisins immédiats.