Le covoiturage, une réponse forcée à la flambée des prix du carburant
« Ce n'est pas plus pratique pour moi parce que je perds en autonomie, mais franchement, je gagne en économie. » À l'aire de covoiturage de Muret-Nord, au sud de Toulouse, les visages des travailleurs matinaux racontent la même histoire que Philippe, professeur dans un collège de l'agglomération toulousaine : celle d'un budget carburant qui explose et d'une organisation millimétrée pour partager les frais.
Une adaptation nécessaire face à la crise
Comme beaucoup de Français, Philippe a fait le choix du covoiturage depuis deux semaines suite à l'explosion des prix du carburant, conséquence de la guerre en Iran. « J'ai dépensé en une semaine ce que je dépensais en trois semaines en carburant, alors j'ai choisi cette option. » À 7h30, sous les lampadaires blancs de la sortie 33, il attend Sylvie qui le déposera à un arrêt de bus pour arriver à bon port. « Je mets plus de temps à arriver au collège et je me lève plus tôt, mais j'économise plus d'une centaine d'euros sur la semaine », commente-t-il, les yeux encore fatigués.
Boom du covoiturage dans toute la France
Dans le froid matinal de ce début avril, pendant plus d'une heure, sur le parking du covoiturage, le ballet des arrivées et des départs ne cesse pas. Dans l'attente de son chauffeur ou de son covoitureur, les yeux rivés sur le téléphone à regarder l'heure ou les nouvelles, chacun patiente en s'habituant peu à peu à cette nouvelle organisation, souvent subie. Ce phénomène local n'est que la partie émergée d'un basculement national. Le leader du secteur BlaBlaCar confirme une accélération sans précédent : le nombre d'inscriptions de conducteurs a été multiplié par deux par rapport à l'avant-crise. En moins d'un mois, le site a enregistré 50 000 nouveaux membres, dont 30 000 conducteurs cherchant une solution immédiate pour éponger leurs factures.
Des budgets familiaux mis à rude épreuve
C'est le cas de Sandrine, secrétaire médicale à l'Oncopole. Pour la quinquagénaire, emmitouflée dans son manteau, le calcul est devenu vital. « Avant, c'était mon moment de calme avant de débuter une grosse journée, raconte-t-elle. Mais quand mon plein a passé la barre des 100 euros tous les dix jours, j'ai mis de côté mon confort. » Depuis, tous les matins, elle covoiture avec Anthony, coach sportif dans la Ville rose. Le soir en revanche, « ça dépend de ce qui est proposé sur l'application, car je ne sais jamais à quelle heure je termine… » Si Sandrine joue le jeu, elle espère tout de même que la crise ne va pas durer… « Honnêtement, c'est pénible, ça me rajoute du stress dans la journée pour savoir comment j'arrive et comment je rentre du travail, en plus du stress financier. » Même constat pour Léa, jeune alternante à Labège : « Avec mon salaire d'apprentie, l'essence, c'était devenu 20 % de mes revenus. C'était impossible pour moi de faire autrement… »
Une solidarité forcée aux bénéfices écologiques
Un peu plus loin, Marc, 55 ans, attend son conducteur. Cadre dans l'aéronautique à Blagnac, il économise environ 160 euros par mois en laissant sa voiture au garage. « J'ai la chance de bien gagner ma vie, mais peu à peu le gazole grignote mon budget, donc j'ai décidé de changer mes habitudes. Et puis, c'est écologique en plus ! », lance-t-il, un peu plus réveillé que les autres, dans son costume. En effet, sur cette aire, l'envolée du prix à la pompe a réussi là où des années de discours écologiques avaient échoué : briser l'habitude du « seul au volant ». Le besoin de réduire les frais de route a créé une solidarité forcée. « C'est une très bonne chose », commente d'ailleurs Stéphanie, « blablacariste » de la première heure. « J'ai plus de demandes pour les trajets quotidiens. Avant, j'avais une personne avec moi et c'était rare. Là, ça peut arriver que ma voiture soit pleine, surtout en début de semaine », se réjouit la conductrice au volant de sa Peugeot. Reste à voir si, après la crise, Stéphanie aura encore de la compagnie.



