À Montpellier, les bornes escamotables installées pour réguler l'accès à l'Écusson, le centre-ville piéton, sont devenues une source quotidienne de tensions et d'accidents. Automobilistes sans autorisation, touristes perdus et commerçants excédés dénoncent un système inefficace et dangereux.
Des accidents fréquents et spectaculaires
Le 4 août dernier, une voiture s'est encastrée dans une borne escamotable place Chabaneau. L'avant du véhicule a été arraché lorsque la borne s'est relevée. Des granulés absorbants ont dû être dispersés pour éviter que les deux-roues et piétons ne glissent sur l'huile du moteur. « Ça arrive tous les jours », témoigne un serveur d'un bar de la place. Selon lui, la borne détecte visuellement les voitures, mais les deux-roues posent problème : « Quand un scooter passe en même temps qu'une voiture, cela fait remonter la borne. C'est pour ça qu'il y a des accidents. »
Un casse-tête pour les automobilistes
À l'angle du Crédit agricole et de la préfecture, la scène se répète inlassablement. Des automobilistes sans autorisation restent bloqués devant la borne de la rue Cambacérès. Ils doivent alors faire marche arrière, tenter un demi-tour dans une circulation dense. « C'est du grand n'importe quoi », s'indigne un habitué. Coups de klaxon et insultes fusent aux heures de pointe, tandis que la file de voitures remonte jusqu'à l'Arc de Triomphe, au bout de la rue Foch.
Les touristes sont particulièrement désorientés. « Le touriste qui vient du fin fond de l'Allemagne, il ne comprend rien. C'est du grand n'importe quoi ! Il devrait laisser ouvert durant les travaux », peste un commerçant. En plus des accidents, les granulés absorbants utilisés pour nettoyer les fuites d'huile envahissent les bars : « On a du sable partout. On se croirait dans les favelas. »
Des règles d'accès strictes mais mal comprises
L'accès à l'hypercentre est soumis à des conditions précises. Les véhicules de secours, police, sécurité et salubrité peuvent passer en permanence, via télécommande, interphone ou lecture automatique des plaques (LAPI). Les personnes titulaires d'une carte PMR et les professionnels de santé disposent d'un accès de 60 minutes maximum. Les artisans en intervention urgente ont droit à 2 heures par jour, sur présentation de justificatifs. Les résidents sont classés en trois catégories : ceux avec garage ont un accès permanent via LAPI ; ceux sans garage bénéficient de deux accès de 30 minutes par jour ; les déménagements sont autorisés entre 7 h et 20 h sur autorisation. Les livraisons sont permises du lundi au samedi, de 4 h à 10 h (départ avant 10 h 30), avec une plage élargie pour les véhicules électriques (4 h à 12 h et 14 h à 19 h). Enfin, les taxis ont un accès permanent de 30 minutes via LAPI ou interphone.
Malgré ces règles, le système semble générer plus de confusion que d'ordre. Les commerçants appellent à une révision du dispositif, notamment pendant les travaux en cours. La mairie de Montpellier, de son côté, défend un outil nécessaire pour la piétonnisation du centre-ville, mais les accidents à répétition alimentent la polémique.



