Bordeaux serre la vis sur les fatbikes débridés après les promesses du maire
Bordeaux intensifie les contrôles contre les fatbikes dangereux

Bordeaux déclare la guerre aux fatbikes débridés

C'était un engagement fort du nouveau maire Thomas Cazenave : mettre un frein aux excès des conducteurs de fatbikes électriques. Plus lourds, plus rapides et de plus en plus nombreux, ces gros vélos à assistance électrique complexifient sérieusement le partage de l'espace public bordelais.

Un cortège bigarré sous surveillance rapprochée

Des roues de tous diamètres, des selles basses ou hautes, des cargos, plusieurs deux-places, quelques VTT. Sur le pont de pierre, le flot incessant des vélos, électriques ou non, traverse d'une rive à l'autre aux heures de pointe. Ce ballet urbain passe désormais sous les jumelles radar des policiers municipaux, particulièrement attentifs aux infractions les plus flagrantes.

« On vient de contrôler deux fatbikes circulant à 45-50 km/h. C'est dangereux pour eux-mêmes et pour les autres usagers », confie un agent positionné à l'extrémité du pont. Plus lourds, plus rapides, souvent illégalement débridés, ces engins prennent une place croissante dans le paysage urbain. Les piétons et cyclistes traditionnels ont appris à se méfier de leur slalom silencieux et imprévisible.

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Une répression ciblée après les promesses électorales

Thomas Cazenave avait promis de serrer la vis sans attendre. Moins d'un mois après son élection, la police municipale a considérablement intensifié les contrôles, particulièrement sur les quais où circulent quotidiennement jusqu'à 10 000 deux-roues.

« Ce n'est absolument pas une cabale contre les cyclistes », prévient Géraldine Amouroux, adjointe à la sécurité. L'élue explique avoir constaté « comme tout le monde » des vitesses excessives dans des zones de rencontre et de partage. « C'est sans doute grisant pour les utilisateurs, mais c'est surtout extrêmement dangereux. Un peu comme à l'arrivée massive des trottinettes électriques, certains se permettent aujourd'hui n'importe quoi ».

Des contrôles techniques et identitaires renforcés

Les motards municipaux effectuent désormais des contrôles quotidiens aux heures d'affluence. Un policier national les accompagne systématiquement pour vérifier les identités. La consigne est claire : saisir le deux-roues dès que possible en cas d'infraction grave. Un curvomètre permet notamment de traquer les débridages illégaux.

Rappelons qu'un vélo électrique conforme ne doit pas déployer plus de 250 watts, avec une assistance qui s'interrompt automatiquement au-delà de 25 km/h. Mais un simple bidouillage suffit à contourner ces limitations. Problème supplémentaire : nombre de ces montures sont vendues en dehors des clous réglementaires, avec des modèles à bas prix importés massivement de Chine depuis 2023.

L'image des cyclistes mise à mal

« Ces engins donnent du grain à moudre aux adversaires du vélo en ville. Ils détériorent considérablement l'image des cyclistes responsables », déplore Ludovic Fouché, coprésident de l'association Vélo-cité. L'activiste pointe du doigt le comportement de ceux qu'il qualifie de « néocyclistes » - majoritairement des hommes attirés par la puissance de bécanes racées aux éclairages tapageurs.

« On observe des comportements masculinistes dignes de certains automobilistes les plus agressifs », dénonce-t-il. « Sur certains modèles extrêmes, le pédalage est même devenu facultatif. Ce ne sont plus vraiment des vélos. Une fois débridés, ce sont purement et simplement des cyclomoteurs électriques déguisés ».

Un problème crucial de cohabitation urbaine

Pour Ludovic Fouché, ces engins posent avant tout un problème de coexistence pacifique entre usagers. Sur les 199 accidents de cyclistes recensés dans la métropole bordelaise en 2024, 39 concernaient spécifiquement un vélo électrique. Seuls deux ont impliqué une collision avec un piéton.

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Vélo-cité espère que l'intensification des contrôles améliorera la situation. « En revanche, nous serons particulièrement attentifs à leur conformité et à leur proportionnalité », précise le coprésident. Il plaide surtout pour une adaptation des aménagements cyclables aux nouveaux usages. « Les distances parcourues s'allongent, c'est un fait indéniable. La vitesse et le moindre effort sont logiquement prisés par les utilisateurs ».

Les livreurs, premières victimes de cette course effrénée

Cette quête de vitesse devient quasi obligatoire pour les 8 000 livreurs de la métropole bordelaise, pris dans une concurrence effrénée. « Les étudiants un peu sportifs qui livraient à VTT au début, c'est devenu impossible aujourd'hui. La concurrence entre livreurs est devenue totalement insensée », estime Jonathan L'Utile Chevallier, coordinateur de la Maison des livreurs.

Ce professionnel a vu les forçats de l'ubérisation s'équiper massivement de fatbikes. « Comment faire autrement quand, depuis Villenave-d'Ornon, on vous commande des cookies du centre de Bordeaux ? » Vingt kilomètres aller-retour. Refuser ou prendre du retard, c'est risquer la déconnexion de la plateforme et perdre son gagne-pain. « Tout ça pour 3,76 euros de rémunération ».

Des conséquences dramatiques et un appel au discernement

Dans cette course folle, un livreur a été grièvement blessé en 2025 : deux mois de coma, cinq mois d'hospitalisation, un handicap définitif. Percuté à 35 km/h par un véhicule, la victime aide désormais à décourager le débridage illégal. La Maison des livreurs multiplie les actions de sensibilisation.

Jonathan L'Utile Chevallier appelle les forces de l'ordre à faire preuve de discernement. « À 1 000 euros net pour 65 heures de travail hebdomadaire, la saisie du vélo représente une dégringolade immédiate dans la précarité la plus extrême. Beaucoup de livreurs se sentent déjà stigmatisés. Il ne faudrait pas inciter à des tentatives d'évitement désespérées qui ajouteraient du risque au risque ».

Clarification sur les limites de vitesse autorisées

La vitesse de 25 km/h est souvent citée à tort comme limite absolue. « En réalité, atteindre cette vitesse bride simplement l'assistance électrique. Mais il reste parfaitement possible d'aller plus vite à la seule force des mollets, si le Code de la route l'autorise », décrypte Ludovic Fouché.

Sauf arrêté municipal spécifique, les mêmes limites s'appliquent aux automobiles et aux vélos, que ce soit sur la route ou sur la piste cyclable contiguë. Dans le centre de Bordeaux ou sur le pont de pierre, la limite est ainsi fixée à 30 km/h. Dans une zone piétonne comme le long de la Garonne, le cycliste doit quant à lui rouler au pas, soit environ 5 km/h maximum.