Périgueux : balade historique sur ses places emblématiques
Périgueux : balade historique sur ses places emblématiques

De la plus emblématique d'entre elles, la place de la Clautre, dominée par la cathédrale Saint-Front, à la place Saint-Silain qui a longtemps hébergé un marché aux truffes, toutes reflètent un art de vivre et un riche patrimoine. Périgueux ne dévoile ses charmes qu'à ceux qui se donnent la peine de la découvrir. Première ville d'Aquitaine à avoir été labellisée Ville et pays d'art et d'histoire en 1987, elle totalise, dans un secteur sauvegardé, 58 édifices classés et protégés.

Une ville née de l'union de deux bourgs

Pour apprécier la densité et la richesse de ce patrimoine, la guide conférencière et autrice Martine Balout invite à arpenter les différentes places du quartier médiéval du Puy-Saint-Front. Périgueux est en effet née en 1240 de l'union de ce bourg de commerçants et de bourgeois et de la ville gallo-romaine de Vesunna.

La place de la Clautre, cœur historique

On commence par la plus grande d'entre elles et la plus connue, la place de la Clautre, dominée par la remarquable cathédrale Saint-Front, classée monument historique depuis 1840 et au patrimoine mondial de l'Unesco au titre des chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle depuis 1998. Centre religieux et cœur de la ville, elle doit son nom au cloître mi-roman, mi-gothique accolé à l'édifice qui, jusqu'en 1669, s'avérait être une simple collégiale. C'est au XIIe siècle que démarre la construction d'une basilique à croix grecque à cinq coupoles inspirée des croisades d'Orient. De la première église, qui fut incendiée à la même époque, il reste essentiellement le clocher de 62 mètres de hauteur (auxquels viennent s'ajouter les 7 mètres de son ange). Au XIXe, l'architecte Abadie, mandaté pour sa restauration, remodèle l'ouvrage façon byzantine. De son sommet où l'on grimpe lors des visites, on peut contempler les toitures de la cité médiévale d'un côté, la rivière et les sept collines qui l'entourent de l'autre.

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C'est sur cette place de la Clautre que s'installent, dès le XIe siècle, les premiers marchés. Une vocation qui n'a pas changé puisqu'elle se couvre toujours d'étals les mercredi et samedi. Un rendez-vous incontournable pour les Périgordins qui viennent y remplir leur panier de produits locaux ou siroter un café en terrasse. C'est l'une des caractéristiques des places de Périgueux que d'abriter nombre de bars et de restaurants. Pour autant, « cette place ne fut pas seulement un lieu de festivités, rappelle Martine Balout, c'est également là qu'on exécutait les condamnés. »

De la place du Serment à la place de l'Ancien-Hôtel-de-Ville

En empruntant la rue Salinière puis la rue du Serment, on traverse la place du même nom ornée de l'une des quatre fontaines Wallace achetées par la Ville dans les années 1980. On rejoint alors la place de l'Ancien-Hôtel-de-Ville, qui s'est substituée au parvis de l'église Saint-Silain, détruite à la Révolution. Au rez-de-chaussée du superbe hôtel particulier Gilles-Lagrange datant du XVe siècle et remanié au XIXe s'est établie la librairie Les Ruelles. Entrez-y non seulement pour faire vos emplettes – la sélection de livres y est très qualitative selon notre guide – mais aussi pour y admirer ses murs en pierre.

La place du Coderc et ses halles

De la place de l'Ancien-Hôtel-de-Ville, on débouche sur celle du Coderc. Son consulat en a fait un centre politique et civique du Moyen Âge jusqu'à la Révolution. Détruit en 1830, il est remplacé par des halles signées par l'architecte parisien Louis Catoire. On peut venir y faire ses courses tous les matins, mais elles s'animent encore davantage les jours de marché. À l'angle de la place et de la rue Limogeanne se dresse la maison Lapeyre, construite au XVIIe dans le style de la Renaissance, reconnaissable à sa tourelle en encorbellement.

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Saint-Silain et Saint-Louis, places gourmandes

En continuant par la rue des Chaînes, on arrive sur Saint-Silain, une coquette place qui a longtemps hébergé un marché aux truffes, avant que celui-ci déménage place Saint-Louis. La truffe est d'ailleurs l'un des ingrédients, avec le foie gras, qui garnit le fameux pâté de Périgueux, spécialité du cru depuis 1498, même si sa composition a largement évolué entre-temps. On peut le déguster dans l'épicerie-restaurant de Francis Delpey, président de la Confrérie des maîtres pâtissiers et du pâté de Périgueux, qui a pour objectif de le promouvoir. L'opulente maison Tenant, au numéro 17 de la place Saint-Louis, était occupée au XIXe siècle par le maître pâtissier Guillaume Franconi : c'est pourquoi on la connaît surtout sous le nom de « maison du pâtissier ». Levez les yeux pour admirer sa porte du XVIe surmontée d'un fronton en forme de conque et d'une terrasse en encorbellement. Mais c'est au moment des marchés au gras, qui s'y tiennent de novembre à mars, que le lieu est particulièrement fréquenté. On y accède par la rue Éguillerie, qui doit son nom aux marchands d'aiguilles qui y avaient leurs ateliers.

La galerie Daumesnil et le quartier de la Vertu

La place Saint-Louis fait partie de ces espaces qui ont été créés de toutes pièces lors des aménagements urbains des années 1980. Ce n'est pas la seule. Organisée en trois courettes reliées par des venelles bordées d'habitations, la galerie Daumesnil mène d'un côté à la maison natale du général Daumesnil, figure légendaire de l'épopée napoléonienne, située rue de la Clarté ; de l'autre, elle s'ouvre sur la rue Limogeanne, l'artère commerçante du centre historique. L'hôtel Fayard, au numéro 5, une construction du Moyen Âge, qui a reçu à la Renaissance une façade de style François Ier, reste l'un des plus spectaculaires de la ville.

En traversant la rue Saint-Front qui coupe le secteur médiéval en deux, on arrive dans le tranquille quartier de la Vertu, où il fait bon flâner. Plus résidentiel, il compte encore de nombreux et élégants hôtels particuliers. La rue Judaïque marque l'entrée de l'ancien quartier juif du Moyen Âge, constitué de ruelles pittoresques. La rue des Augustins conserve des traces du couvent du XVIIe siècle, transformé ensuite en prison. Elle conduit à la petite place Jane-Poupelet, qui rend hommage à une dessinatrice sculptrice locale. C'est l'une des dernières à avoir été inaugurée, en mars 2024. Preuve que l'histoire des places de Périgueux n'a pas fini de s'écrire.

Carnets d'adresses

Se renseigner

www.dordogne-perigord-tourisme.com ; Cette balade se fait entièrement à pied. Notre conseil : arriver en train.

À voir, à faire

Visite avec Martine Balout : La conférencière et guide et autrice anime une fois par mois une visite thématique insolite dans des lieux habituellement fermés au public (10 €) ainsi que des parcours sur mesure à la demande (sur devis). Tél. 06 75 87 02 48. Elle a écrit plusieurs ouvrages historiques, dont : « Périgueux, capitale du Périgord. Cinq balades en ville à travers plus de 2 000 ans d'histoire » (Éditions La Geste, 9,90 €). Il permet de découvrir les différents quartiers en autonomie avec des plans identifiant les édifices notables. En vente notamment à la librairie Les Ruelles ou chez Marbot à Périgueux.

Où boire et manger ?

Les places de Périgueux sont représentatives d'un certain art de vivre. On y prend un verre et l'on se sustente de produits locaux dans l'un des nombreux restaurants disposant de terrasses. Voici notre sélection de 5 lieux.

  • Le Pétrocore : Ce restaurant gastronomique réputé jouxte la place Saint-Louis. Le menu du midi se caractérise par un excellent rapport qualité-prix (28 €), 65 € le soir. 15, rue Éguillerie. Tél. 07 60 25 38 47.
  • L'Espace du Sixième Sens : L'adresse incontournable pour se procurer le fameux pâté de Périgueux (sur commande l'été) aux côtés d'autres produits du cru, que l'on peut aussi déguster sur les tables dressées sur la place Saint-Silain. C'est désormais Paul Delpey, pâtissier de formation, qui a pris la suite de son père Francis avec un menu du jour « Du marché à l'assiette » (21 €). Ne manquez pas ses délicieux choux craquelin. Table gauloise le dimanche midi, 28 €. 6, place Saint-Silain. Tél. 05 53 09 24 29.
  • Sous les Tilleuls : On savoure sur la charmante et tranquille place de la Vertu une bonne cuisine maison. Formule du midi à 20 €. 4, rue Judaïque. Tél. 05 53 54 93 21.
  • Cacaothé : Situé en contrebas de la cathédrale, ce coffee shop convivial propose tous les jours un copieux brunch (de 8 h à 15 h) ainsi que des gâteaux à toute heure. L'occasion d'explorer une large sélection de jeux de société. 7, av. Daumesnil. Tél. 05 53 46 75 41.
  • Le chai Bordin : Cette cave, qui fait également office de bar à vins, est prisée pour son choix d'étiquettes régionales et ses soirées apéros. 8, rue de la Sagesse. Tél. 09 81 89 40 65.

Où dormir ?

Maison d'hôtes Couleur du temps : À côté du parc Gamenson, dans un lotissement de demeures bourgeoises des années 1920-1930, Luc Springinsfeld reçoit des hôtes depuis douze ans. Ses deux vastes chambres sont équipées de minifrigo et micro-ondes, ce qui les rend très fonctionnelles. Le petit déjeuner est servi en chambre. Minimum de deux nuits l'été. À partir de 75 € la chambre double. 20, bd Albert-Claveille. Tél. 06 79 81 83 71.