Emmanuel Curt dévoile la 56e édition du Festival des abbayes
Festival des abbayes : une édition entre patrimoine et ouverture

À la tête du festival depuis l'an dernier, le percussionniste et super-soliste de l'Orchestre national de France, Emmanuel Curt, défend une 56e édition pensée comme un dialogue entre patrimoine, musique savante et ouverture populaire. Le premier concert aura lieu ce samedi 23 mai.

Un équilibre entre classicisme et accessibilité

Emmanuel Curt, également super-soliste du Philharmonia Orchestra de Londres, donne les grandes lignes de la programmation de cette 56e édition qui traversera 14 communes des Landes entre le samedi 23 mai et le dimanche 28 juin 2026, avant une dernière date le 20 septembre, à l'occasion des Journées européennes du patrimoine. Interrogé sur ce que raconte cette programmation de sa vision de l'événement, il explique : « Elle raconte un équilibre auquel je tiens beaucoup : celui entre le classicisme, le patrimoine musical et une forme d'ouverture. Le Festival des abbayes est intimement lié au patrimoine architectural, mais il doit aussi dialoguer avec des formes musicales plus accessibles ou plus familières. »

Il ajoute : « Il faut faire comprendre que la musique classique n'est pas éloignée des gens. L'idée est de maintenir ce lien entre patrimoine, exigence artistique et proximité avec le public. »

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Fidélité à l'ADN et renouvellement

Cette édition semble chercher un équilibre entre fidélité à l'identité du festival et renouvellement. Comment le construit-il ? « Je crois qu'il faut respecter ce qui fait l'identité du festival depuis des décennies : la musique de chambre, les petits ensembles, un rendez-vous jazz, un concert vocal, un moment symphonique. En même temps, j'essaie d'apporter des ouvertures, de renouveler certaines propositions, d'intégrer davantage de jeunes artistes. C'est un équilibre délicat, mais essentiel. »

Cette année, plusieurs jeunes artistes sont invités, comme Jonathan Fournel ou le duo Thomas Enhco – Vassilena Serafimova. Y voit-il un signe de renouvellement ? « Oui, certainement. Jonathan Fournel représente une génération remarquable du piano français. Je pense qu'il sera une figure majeure des années à venir. Thomas Enhco et Vassilena Serafimova apportent également une fraîcheur, une énergie très particulière. J'ai la chance de travailler avec des artistes plus jeunes qui amènent un regard nouveau, et cela nourrit aussi le festival. »

Évolution sans perte d'identité

Comment faire évoluer un événement patrimonial sans lui faire perdre son identité ? « C'est probablement la question la plus difficile. J'aime conserver ce qui fonctionne : le public est attaché à certains repères, l'équipe aussi. Quand on revient chaque année dans un festival, on aime retrouver quelque chose de familier. Mais cela n'empêche pas d'apporter, par petites touches, de la nouveauté, une forme de jeunesse, parfois des chemins un peu moins attendus. Ce n'est pas toujours simple. »

Le patrimoine religieux semble presque un artiste à part entière du festival. Pense-t-il les concerts en fonction des lieux ? « Beaucoup, notamment en fonction de l'acoustique. Ces lieux sont magnifiques mais ne sont pas toujours adaptés à tous les programmes. Une petite église ne peut pas accueillir un grand ensemble, et certaines œuvres résonnent mieux que d'autres selon les espaces. J'essaie avant tout de penser au confort d'écoute du public, tout en respectant les artistes. »

Le sens d'un festival dans des abbayes aujourd'hui

Pourquoi un festival de musique classique dans des abbayes ou des églises a-t-il encore du sens aujourd'hui ? « Parce qu'il y a un paradoxe dans notre époque. Nous avons accès à une quantité immense de contenus numériques, mais nous oublions parfois l'importance de vivre une expérience réelle. Voir un concert, entendre un violon ou un trombone à quelques mètres de soi, ressentir l'acoustique d'un lieu, cela ne remplace rien. Dans beaucoup de communes où nous jouons, c'est parfois le seul concert classique ou symphonique de l'année. Cette expérience du vivant reste fondamentale. »

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Emmanuel Curt se définit comme « un enfant du Festival des abbayes ». Est-ce que cela influe sur sa manière de le diriger aujourd'hui ? « Effectivement. On se sent responsable d'avoir un petit bijou entre les mains. Cinquante-six ans pour un festival de musique classique en France, je n'ai connu que très peu d'équivalents. On essaie de faire en sorte que cela continue. J'essaie de renouveler dans une certaine ligne tracée. C'est mon credo. »

Un message pour le public

Que souhaiterait-il que le public retienne de cette 56e édition ? « J'aimerais qu'il dise : « Je reviendrai » ou « J'en parlerai autour de moi ». Ce qui me touche le plus, ce sont les personnes qui me disent : « Je ne connaissais pas, c'était incroyable. » J'aime cette idée d'avoir été agréablement bousculé. C'est exactement ce que nous cherchons. »

Programme et informations : www.festivaldesabbayes.org