Guerre des communications : nouveau terrain de chasse des télécoms et de la défense
Guerre des communications : télécoms et défense en chasse

Les opérateurs de télécommunications et les industriels de la défense se livrent une concurrence féroce pour capter les marchés des communications militaires, un secteur en pleine expansion. Selon un rapport du cabinet Frost & Sullivan, le marché mondial des communications de défense devrait atteindre 45 milliards d'euros d'ici 2030, contre 22 milliards en 2023, soit un doublement en moins d'une décennie.

Une convergence stratégique entre télécoms et défense

Cette guerre des communications, nouveau terrain de chasse, résulte de la convergence entre les besoins militaires en connectivité sécurisée et l'expertise des opérateurs civils. Les armées modernes exigent des réseaux résilients, capables de résister aux brouillages et aux cyberattaques. Les télécoms, avec leurs infrastructures satellites et leurs technologies 5G, répondent à ces exigences.

« Les technologies civiles sont devenues indispensables pour les capacités militaires, notamment dans le domaine des communications par satellite », déclare Jean-Pierre Maulny, directeur de l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS). Les opérateurs comme Orange, avec sa filiale Orange Cyberdefense, ou Thales, déjà présent dans la défense, investissent massivement.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Des investissements massifs des acteurs privés

En France, Orange a annoncé en 2025 un investissement de 1,5 milliard d'euros sur cinq ans dans les communications sécurisées, dont 500 millions dédiés aux satellites. De son côté, Thales a consacré 2 milliards d'euros à la recherche dans les communications quantiques et la guerre électronique. Au niveau mondial, SpaceX, avec son réseau Starlink, a déjà conquis des contrats militaires américains, tandis que l'Europe tente de rattraper son retard avec le projet Iris² de constellation de satellites.

Les startups ne sont pas en reste. La française Kinéis, spécialisée dans l'IoT par satellite, a levé 100 millions d'euros en 2024 pour développer des services de communication pour les drones militaires. « Les besoins des armées en connectivité temps réel explosent, que ce soit pour le pilotage de drones ou le partage de données sur le champ de bataille », explique son PDG, Alexandre Tisserant.

Un impact sur la souveraineté et la régulation

Cette course aux armements communications soulève des questions de souveraineté. Les États européens, conscients de leur dépendance vis-à-vis des opérateurs américains, cherchent à développer des alternatives. Le projet européen Iris², doté de 6 milliards d'euros, vise à déployer une constellation de 250 satellites d'ici 2030. « Il s'agit d'un enjeu de souveraineté numérique et militaire », souligne un rapport du Sénat français publié en mars 2026.

La régulation doit également s'adapter. L'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (ANSSI) a renforcé ses contrôles sur les opérateurs de télécommunications pour prévenir les risques d'espionnage. Par ailleurs, les autorités de concurrence surveillent les concentrations, comme le rachat d'Orange Cyberdefense par Thales, envisagé en 2025 mais finalement abandonné.

En conclusion, la guerre des communications transforme en profondeur le secteur des télécoms et de la défense. Les investissements colossaux et les partenariats public-privé redessinent le paysage, avec des implications directes sur la sécurité nationale et la compétitivité industrielle.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale