Une avancée majeure dans la lutte contre l'arthrose
C'est une étape cruciale qui vient d'être franchie dans la recherche d'un traitement efficace contre l'arthrose. La start-up lilloise 4Moving Biotech annonce avoir finalisé une levée de fonds substantielle de 12 millions d'euros. Cette somme considérable doit permettre à l'entreprise d'atteindre la preuve de concept clinique chez l'être humain, marquant ainsi un tournant dans l'approche thérapeutique de cette pathologie.
Un défi médical de grande ampleur
L'arthrose représente un véritable casse-tête pour la communauté médicale mondiale. Extrêmement fréquente et particulièrement invalidante, cette maladie articulaire touche pas moins de 650 millions de personnes à travers le globe, dont environ 10 millions en France. Malgré cette prévalence alarmante, les solutions thérapeutiques actuelles restent limitées aux antalgiques, aux anti-inflammatoires et, dans les cas les plus sévères, au recours aux prothèses articulaires.
Contrairement aux traitements existants qui se contentent de soulager les symptômes, l'ambition de 4Moving Biotech est de développer un médicament capable de ralentir véritablement la progression de la maladie. Cette levée de fonds, qui combine habilement capitaux privés et soutiens institutionnels, servira à financer un essai clinique de phase 2. L'objectif est double : démontrer que la molécule candidate agit non seulement sur la douleur, mais qu'elle peut effectivement freiner l'usure articulaire et réduire l'inflammation chronique.
Une découverte fortuite aux implications prometteuses
L'origine de cette innovation thérapeutique remonte à une observation clinique inattendue en 2012. Le Professeur Francis Berenbaum, chef du service de rhumatologie de l'hôpital Saint-Antoine à Paris, remarque un phénomène intrigant lors d'essais cliniques sur une nouvelle molécule contre le diabète, le GLP-1 (Glucagon Like Peptide-1). Les chercheurs constatent alors un effet protecteur surprenant sur le système cardiovasculaire, notamment concernant le risque d'infarctus.
Cette découverte s'explique par la présence de récepteurs au GLP-1 dans les vaisseaux sanguins et le muscle cardiaque, où la molécule produit des signaux anti-inflammatoires et protecteurs. Le Pr Berenbaum émet alors une hypothèse révolutionnaire : si ces mêmes récepteurs existent dans les tissus articulaires, le GLP-1 pourrait exercer des effets bénéfiques similaires dans l'arthrose. Avec son équipe de Sorbonne Université, il identifie rapidement ces récepteurs dans le genou, précisément au niveau du cartilage et de la membrane synoviale, deux tissus centraux dans le processus arthrosique.
Du laboratoire aux premiers résultats encourageants
Le GLP-1 est une hormone intestinale sécrétée naturellement pendant les repas, qui régule la glycémie et transmet au cerveau un signal de satiété. L'industrie pharmaceutique l'utilise déjà dans des médicaments contre le diabète (comme l'Ozempic) et l'obésité (notamment le Wegovy). À première vue, aucun lien évident avec l'arthrose. Pourtant, c'est précisément cette capacité anti-inflammatoire observée dans d'autres tissus qui a orienté les recherches vers les articulations.
Les travaux de l'équipe parisienne aboutissent à des dépôts de brevets, dont la licence est accordée en 2016 à la start-up 4P Pharma, maison mère de 4Moving Biotech. Les premiers tests in vitro révèlent un effet anti-inflammatoire significatif sur les chondrocytes, les cellules constitutives du cartilage. Sur des modèles animaux, une simple injection produit un effet antalgique durable de 30 jours, alors que le GLP-1 utilisé a une demi-vie d'à peine une journée.
Plus encourageant encore, les expérimentations démontrent un renouvellement des chondrocytes et un ralentissement notable de la dégradation cartilagineuse, accompagnés d'une réduction marquée de l'inflammation synoviale. Ces résultats confirment que l'arthrose ne se résume pas à une simple usure mécanique liée à l'âge, mais implique un processus chimique complexe où des enzymes dégradent progressivement la matrice cartilagineuse sous l'influence de signaux inflammatoires.
Une approche thérapeutique innovante
Le candidat-médicament développé par 4Moving Biotech agit simultanément sur l'inflammation locale et les mécanismes de dégradation du cartilage. L'un des atouts majeurs de cette approche réside dans la sécurité déjà établie du GLP-1, administré à des millions de patients dans le cadre du traitement du diabète et de l'obésité. Cette connaissance préalable pourrait accélérer considérablement le développement clinique et, à terme, la mise sur le marché.
La phase clinique : étape décisive en cours
Le traitement doit maintenant franchir l'épreuve cruciale des essais cliniques. Le protocole consiste à administrer la molécule à des patients souffrant d'arthrose du genou, puis à suivre scrupuleusement l'évolution de leurs symptômes sur plusieurs mois. Les chercheurs évalueront non seulement la réduction de la douleur et l'amélioration de la fonction articulaire, mais aussi des marqueurs biologiques et des images médicales pour détecter d'éventuels signes de ralentissement de la dégradation articulaire.
La prudence scientifique reste de mise : même un médicament efficace ne permettra pas de « guérir » l'arthrose, et ne remplacera pas les mesures fondamentales comme l'activité physique adaptée, la gestion du poids ou la prise en charge de la douleur. Cependant, si les essais s'avèrent concluants, on peut raisonnablement espérer un traitement capable de freiner la progression de la maladie, de retarder le recours aux prothèses et d'améliorer durablement la qualité de vie des millions de patients concernés.