Une édition historique sans bovins vivants
Le Salon International de l'Agriculture, qui se déroulera du 21 février au 1er mars 2026 à la Porte de Versailles à Paris, connaîtra une configuration inédite dans son histoire. Pour la première fois depuis 132 ans et la création du Concours Général Agricole, les bovins seront totalement absents des allées de la plus grande ferme de France. Cette décision radicale, prise par les éleveurs eux-mêmes, marque un tournant dans l'histoire de cette manifestation emblématique.
La dermatose nodulaire contagieuse en cause
La dermatose nodulaire contagieuse (DNC) bovine est à l'origine de cette absence sans précédent. Cette maladie infectieuse virale, qui a conduit à l'abattage sans sommation de plusieurs dizaines de cheptels en France, a provoqué une profonde inquiétude dans le monde agricole. Malgré l'absence de nouveaux foyers détectés depuis le 2 janvier et les appels pressants du président Emmanuel Macron et de la ministre de l'Agriculture Annie Genevard, les éleveurs ont maintenu leur position de retrait par mesure de précaution extrême.
Arnaud Lemoine, directeur du CENECA (Centre National des Expositions et Concours Agricoles), organisateur du salon, tempère cependant cette absence : « Ce n'est pas une fin définitive », assure-t-il, annonçant un possible retour des bovins « dès l'année prochaine ». Une réunion est d'ailleurs prévue début mars avec les organisateurs d'autres grands événements agricoles comme le Salon de l'Élevage de Clermont-Ferrand et le SPACE de Rennes pour élaborer une stratégie commune d'exposition d'animaux vivants en période de maladies.
Une réorganisation complète du hall 1
L'absence des bovins, qui occupaient traditionnellement 80% du hall 1, a nécessité une réorganisation complète de cet espace. Les organisateurs ont convaincu les éleveurs d'ovins, de caprins et de porcins d'augmenter leur présence animale. Mais surtout, ils ont mis en place une programmation exceptionnelle sur les rings jusqu'alors dévolus aux bovins.
Cette programmation comprendra :
- Des animations pédagogiques avec dégustations culinaires organisées par les organismes de sélection
- Un appel à projets destiné au monde du cheval et de l'âne
- La transformation du Grand ring en espace de spectacles avec carrousels de chevaux de trait, voltige et dressage
- La présence exceptionnelle des écuyers du Cadre Noir de Saumur le mardi 24 février
Les autres animaux et attractions maintenus
Malgré l'absence des bovins, les visiteurs pourront découvrir de nombreux autres animaux : ovins, porcins, caprins, équins, chiens, chats et même des chameaux. Les gourmandises des régions déménagent du hall 3 au hall 7, se retrouvant ainsi dans le même pavillon que les produits internationaux, dont ceux de l'invité d'honneur, la Côte d'Ivoire.
L'ensemble des composantes qui font la richesse du salon seront présentes :
- Les filières végétales et animales
- Les partenaires de l'agriculture, de la pêche et de la forêt
- Les syndicats et instituts de recherche
- La formation et l'agri'tech
- Le Concours Général Agricole
Une fréquentation incertaine mais des efforts de promotion
Reste l'inconnue de la fréquentation. Habituellement, quand les bovins concentrent une partie de l'attraction, le salon accueille environ 600 000 visiteurs. Pour compenser cette absence, les organisateurs ont mis en place plusieurs dispositifs : communication auprès des centres de loisirs parisiens avec des tarifs préférentiels, relance des bus de cantons pour amener des visiteurs de la campagne, et message fort rappelant que « venir au salon, c'est soutenir les agriculteurs et l'agriculture ».
Arnaud Lemoine insiste sur l'importance de cette manifestation pour les agriculteurs eux-mêmes : « Le SIA est l'occasion unique, qui n'existe nulle part ailleurs, de parler aux consommateurs qui sont demandeurs d'informations et de plus en plus méfiants. Une occasion unique de construire des ponts avec eux, d'expliquer son métier, et de se faire respecter. »
Cette édition 2026 du Salon International de l'Agriculture, marquée par l'absence historique des bovins, se présente donc comme un défi majeur pour les organisateurs, mais aussi comme une opportunité de réinvention et de dialogue renforcé entre le monde agricole et les citoyens.