À l’approche de l’élection présidentielle de 2027, une certitude émerge : la question des retraites, source de tensions sociales et politiques, reviendra sur le devant de la scène, et elle sera plus explosive que jamais. Dans un contexte de finances publiques dégradées et après le gel de la réforme Borne à l’automne dernier, combien proposeront encore des solutions simplistes comme le retour à un âge légal de départ à 60 ans ?
Un essai provocateur pour démêler le vrai du faux
C’est à ce nœud gordien que s’attaque Bertrand Martinot dans son essai J’ai cotisé, j’y ai droit ! Mensonges et vérités sur les retraites (éd. Hermann). Économiste et ancien conseiller social de Nicolas Sarkozy à l’Élysée (2007-2008), Martinot est un expert de l’emploi, de la formation professionnelle et des retraites, avec de nombreuses publications pour des think tanks libéraux comme l’Institut Montaigne ou la Fondapol.
Avec pédagogie, il ambitionne de débroussailler un débat saturé de postures et d’idées reçues : « Démagogie, déni de réalité, ignorance des faits et des mécanismes économiques et financiers se sont donné rendez-vous pour aboutir à cette situation aberrante où un problème facilement anticipable en théorie semble insoluble en pratique. »
Le déficit des retraites, un tabou à lever
L’originalité de l’ouvrage tient à sa méthode : passer au crible les grandes affirmations qui saturent le débat public pour distinguer le vrai du faux. À commencer par l’idée que les pensions seraient la contrepartie directe des cotisations versées. En réalité, le lien est de plus en plus ténu dans un système par répartition financé par l’impôt et l’endettement. « Faire semblant que ce principe est toujours en vigueur complique la recherche de voies de redressement », regrette-t-il. Autre point sensible : le financement. Contrairement à une opinion répandue, le système des retraites est bel et bien déficitaire, et ce trou contribue largement au déficit des comptes publics.
Les pistes de réforme examinées
L’auteur examine également les pistes de réforme : le régime universel par points (séduisant sur le papier, mais coûteux), la retraite à la carte (périlleuse), le recul de l’âge légal (ressenti comme injuste, mais plus efficace que l’allongement de la durée de cotisation). L’introduction d’une dose de capitalisation est présentée comme nécessaire, mais ne dispense pas de rétablir l’équilibre du système par répartition.
Au fil des pages, Martinot critique notre rapport aux retraites, devenues « une sorte de droit inaliénable à de longues vacances récompensant le fait d’avoir travaillé ». Sa prescription : dire la vérité, retrouver le sens du temps long, partager équitablement les efforts et trouver le bon équilibre avec les partenaires sociaux. Clair et pédagogique, l’ouvrage rend intelligible un sujet aride. Une lecture salutaire.
J’ai cotisé, j’y ai droit ! Mensonges et vérités sur les retraites, de Bertrand Martinot (Hermann, 158 p., 14 €).



