À Monaco, le ministre d'État détaille le futur îlot Charles-III
Monaco : le ministre d'État détaille le futur îlot Charles-III

Le gouvernement monégasque a lancé un appel à concurrence pour le projet de Centre de Traitement et de Valorisation des Déchets (CTVD), en s'appuyant sur le format juridique exigeant d'un Marché de Partenariat Global de Performance (MPGP). Le ministre d'État Christophe Mirmand s'explique pour Monaco-Matin.

Un centre mieux dimensionné pour plus de souveraineté

Le premier volet et cœur du projet reste la destruction-reconstruction de l'actuelle unité de traitement et valorisation des déchets. L'usine actuelle, mise en service en 1980, arrive en fin de vie et son maintien en activité a nécessité une enveloppe budgétaire de 42 millions d'euros sur la période 2018-2030. 2030, année où le CTVD aurait dû initialement la suppléer. « Elle peut tenir, et c'est vu avec la Société Monégasque d'Assainissement (SMA), dans des conditions satisfaisantes le temps nécessaire pour permettre de finir l'appel d'offres et de lancer la phase des constructions. »

Le choix du MPGP permet de lier un groupement d'entreprises responsable à la fois de la construction et de l'exploitation de l'usine, afin de « se prémunir contre les risques » d'une défaillance entre le bâtisseur et l'opérateur. Et implique l'atteinte d'objectifs contractuels. Ainsi, « le mandataire du groupement ou le candidat individuel s'il se présente seul, devra être l'exploitant du futur CTVD ». Les candidats ont jusqu'au 17 septembre 2026 pour se positionner sur un contrat initial de 16 ans.

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Par ailleurs, le gouvernement a tiré les leçons de l'échec de l'ancien projet Symbiose, dont l'erreur fondamentale était de « surdimensionner l'installation industrielle » à 65 000 tonnes pour pouvoir accueillir les déchets des communes limitrophes. Afin de ne plus être tributaire de retournements de situations chez nos voisins, le nouveau dimensionnement sera strictement recentré sur les besoins monégasques (environ 35 000 tonnes), tout en conservant une marge de progression (environ 10 000 tonnes) pour anticiper la croissance du pays à quarante ans, « même s'il faut aussi agir sur la réduction des déchets à la source ».

La nouvelle usine aura aussi à son cahier des charges la valorisation de 15 000 tonnes/an de boues déshydratées. Aujourd'hui, ces résidus solides ou semi-solides produits lors du traitement des eaux usées sont envoyés par camions à Tarascon pour incinération dans une filière de compostage, à raison de 8 000 tonnes par an et, selon les projections, bientôt 12 000. Or, ces boues transformées en terreau très fertilisant sont de plus en plus pointées du doigt pour leur charge en « PFAS », ces substances chimiques aussi appelés polluants éternels. Christophe Mirmand souligne dès lors le risque d'affronter un jour une hostilité politique ou associative en France, redoutant que nos voisins ne finissent par dire : « On n'a pas vocation à affronter les associations de protection de l'environnement chez nous pour accueillir les déchets des Monégasques. Ils n'ont qu'à se débrouiller. » Et pendant la durée des travaux en revanche ? « Il faudra que nous négociions avec nos voisins français pour trouver un exutoire durant les quatre à cinq années de réalisation. »

Toujours plus économiser et recycler l'eau

En souterrain de ce nouveau CTVD, un réservoir « permettra à terme d'être vertueux sur le recyclage de l'eau. Toutes les eaux de station d'épuration seront retraitées et pourront aller jusqu'à une utilisation la plus large possible ». Une démarche qui concerne 15 % des stations françaises contre 85 % en Israël souligne le ministre d'État qui, s'appuyant sur son expérience passée de préfet de région, rappelle que la Principauté est confrontée à un « stress hydrique » de plus en plus pesant. « L'équilibre estival régional repose sur le système Durance-Verdon. Le lac de Serre-Ponçon d'un côté ; le lac de Sainte-Croix et la réserve Verdon de l'autre, et le lac de Saint-Cassien ici. L'ensemble est complètement interconnecté notamment par la Société des Canals de Provence qui permet d'avoir une gestion à l'échelle de la région », rappelle le ministre d'État. Et si les épisodes de sécheresse interviennent aujourd'hui théoriquement une année sur dix, Christophe Mirmand affirme avec gravité que ce type de tension va s'accélérer pour frapper « deux années, trois années, quatre années sur dix ».

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La Principauté se trouvant « en fin de système hydrographique », sa vulnérabilité impose une gestion « beaucoup plus économe », d'où la volonté « de profiter de la déconstruction de l'usine actuelle pour creuser et installer une nouvelle capacité de traitement de l'eau ».

Une opération immobilière sur l'ancienne voie ferrée

Le troisième volet de cette opération d'urbanisme du futur « socle Charles-III » est une opération immobilière sur l'ancienne voie ferrée. Si les fondations du projet comportent une amorce commune pour assurer la jonction avec l'usine, le ministre d'État insiste fermement sur le fait que cette opération demeure « totalement disjointe du projet CTVD », sans aucune incidence sur son calendrier ou son financement.

Sur le plan budgétaire, d'ailleurs, le ministre d'État refuse de figer une enveloppe avant l'appel d'offres afin d'obtenir des propositions « qui soient les plus basses possible ». En fond, cette volonté de contrôle des dépenses publiques après des années de dérives budgétaires autour des commandes publiques. « Il faut travailler sur la complétude des projets, être en mesure de dire qu'ils répondront à telles fonctionnalités et pas telles autres. On ne rajoute pas des choses que l'on n'a pas prévues initialement en cours de route en se disant ''ce n'est pas grave, on passe un avenant et on paye''. »

Christophe Mirmand s'inscrit par ailleurs en faux contre les estimations alarmistes du Conseil national pointant un coût du CTVD de 1,2 milliard d'euros, tout en assumant les facteurs de surcoût incompressibles liés aux contraintes du territoire monégasque, tels que l'« étroitesse de la parcelle » de 1 300 mètres carrés, la « complexité d'un ouvrage vertical », ou encore l'obligation d'intervenir en site occupé.

Ces si chers défauts de programme

Christophe Mirmand veut mettre un terme à la pratique des « avenants aux avenants » qui fait déraper les devis et donc les dépenses publiques. Le ministre d'État s'appuie en cela sur une étude des services du Département de l'Équipement qui révèle « par échantillonnage sur certains chantiers », que « 57 % des surcoûts des opérations, entre la phase de lancement du projet et sa phase d'aboutissement, relèvent d'un défaut de programme initial ». « Quand on a un budget qui est à 100, on sort à 105, à 110 ou à 115, ce qui est normalement la limite à partir de laquelle il n'est plus possible de passer des avenants. Mais on ne sort pas à 300 ! », tranche le ministre d'État.