Lors du Drone Day organisé par le Pôle Safe le 9 juin 2026 à l'Université de Toulon, un officier s'est montré très intéressé par un drone cargo que la Marine nationale envisage d'utiliser pour ses opérations logistiques entre navires. Les armées françaises, longtemps concentrées sur les drones de combat – qu'ils soient d'observation, armés ou « suicides », rebaptisés « munitions téléopérées » – s'intéressent désormais aux drones logistiques, une priorité issue du retour d'expérience de la guerre en Ukraine.
L'Ukraine comme laboratoire d'usage
C'est encore d'Ukraine que viennent les exemples d'utilisation de drones dans la logistique militaire. Pour ravitailler les soldats « terrés » sur la ligne de front, l'armée ukrainienne y a de plus en plus recours. « Que ce soit pour délivrer une trousse de secours, des vivres, des chargeurs sur la ligne de front, les Ukrainiens utilisent des drones aériens. Et ils évitent de les poser pour ne pas révéler la position de leurs soldats à l'ennemi. Bien qu'en la matière les choses évoluent très vite », explique le lieutenant-colonel Baptiste, officier de la direction des études et prospective du train, qui participait au Drone Day.
L'armée de Terre et la Marine en quête de solutions
L'armée de Terre française s'intéresse à son tour aux drones logistiques. Des exercices ont été conduits récemment avec les chasseurs alpins, et un appel à manifestation d'intérêt pour un drone cargo a été lancé par le Pôle innovation technique de défense de la DGA/Techniques Aérospatiales. « Le drone cargo est un objet nécessaire pour diversifier les capacités de ravitaillement des forces sur le champ de bataille. Actuellement, ces ravitaillements sont effectués par des convois routiers ou par de la livraison par air grâce à des avions de transport. Or, ces moyens sont soumis aux contraintes du terrain ou aux dangers de la défense sol-air lorsqu'ils se rapprochent du front. Ainsi, l'emploi de drones permettrait d'accroître la capacité de ravitaillement d'une force dans la zone des 25 km autour du front », explique le ministère des Armées et des Anciens combattants dans un communiqué.
Des entreprises françaises en lice
Parmi les sociétés qui développent des drones logistiques duals, les françaises Drone Volt et Skydrone Robotics étaient présentes sur le campus toulonnais. Conçu et construit à La Rochelle, le drone Versatyl Mule de Skydrone Robotics peut transporter sous élingue jusqu'à 30 kg de charge utile sur une distance de 8 km, assure son constructeur, qui met en avant « le haut niveau de souveraineté technologique ». Damien Chatard, directeur commercial de Skydrone Robotics, précise : « Voilà deux ans que nous travaillons avec la Marine qui cherche une alternative au ravitaillement à la mer ou à l'utilisation de l'hélicoptère pour transporter des colis d'un navire à un autre. On travaille déjà sur la prochaine génération qui portera 50 kg de charge utile. »
Drone Volt et la Marine nationale
Le concurrent Drone Volt est également bien présent. Déjà partenaire de la Marine, à qui il a fourni un drone à décollage et atterrissage vertical (VTOL) Heliplane 340, utilisé de façon opérationnelle en Manche et mer du Nord pour « renforcer les capacités de surveillance et de levée de doute de la chaîne sémaphorique », le constructeur installé à Villepinte tente également de placer son drone Hercules 20, d'une capacité d'emport de 15 kg. « Il est actuellement en évaluation sur le porte-avions Charles-de-Gaulle et les frégates françaises, mais la Marine souhaiterait apparemment un drone plus lourd », glisse Frédéric Glorieux, manager opérationnel. Ce dernier précise : « Que ce soit l'armée de Terre ou la Marine nationale, tout le monde est en train d'affiner ses besoins. »



