Une fusion stratégique dans l'industrie néo-aquitaine
Le paysage industriel de la Nouvelle-Aquitaine vient de connaître une évolution majeure avec l'acquisition de la PME HPK par le groupe Delmon. Cette opération, finalisée le 30 janvier, unit deux acteurs discrets mais essentiels de la région, spécialisés dans des matériaux de haute technologie pour des secteurs exigeants.
Deux expertises complémentaires
D'un côté, Delmon Group, basé à Terrasson en Dordogne, est une entreprise de taille intermédiaire (ETI) employant 450 personnes. Historiquement fournisseur de pièces anti-vibrations en caoutchouc pour l'automobile, le groupe a diversifié ses activités vers l'aéronautique, qui représente désormais près de 40% de son chiffre d'affaires total d'environ 60 millions d'euros.
De l'autre, HPK, implantée à Lavardac dans le Lot-et-Garonne, est une petite entreprise de 24 salariés maîtrisant l'art de fabriquer des pièces techniques pour l'aérospatiale à partir d'un matériau surprenant : le liège. Avec un chiffre d'affaires de 4 millions d'euros, dont la moitié provient des secteurs aérospatial et de la défense, HPK a connu une croissance annuelle à deux chiffres sous la direction d'Agnès de Montbrun.
Une vision française pour l'avenir
« Cela faisait quelques années que je cherchais à céder la société pour lui donner un nouvel élan mais, si j'ai eu des propositions étrangères, j'ai toujours préféré une solution française », confie Agnès de Montbrun, présidente d'HPK. Cette préférence pour une reprise hexagonale a conduit au rapprochement avec Delmon Group, partageant ainsi une vision commune du développement industriel national.
La complémentarité des deux entités est évidente : Delmon excelle dans le caoutchouc et l'aéronautique, tandis qu'HPK maîtrise le liège et l'aérospatial. « Nous sommes présents dans l'aéronautique et pas dans le spatial, HPK est très présent dans l'aérospatial et la défense. Les deux entités sont donc totalement complémentaires », précise Sylvain Broux, qui prendra désormais les commandes d'HPK.
Innovation et investissements au programme
L'objectif principal de cette acquisition est le développement d'une nouvelle gamme de pièces combinant caoutchouc et liège pour les industries aéronautiques, spatiales et de défense. Ces composés innovants pourraient répondre à des besoins spécifiques en matière d'isolation thermique, acoustique et antivibratoire.
Pour concrétiser cette ambition, Delmon Group prévoit des investissements significatifs dans plusieurs domaines :
- L'acquisition de nouveaux équipements de production
- Le recrutement de personnel qualifié
- La formation des équipes existantes
- Le développement de compétences techniques avancées
Ces investissements visent à capitaliser sur la dynamique du « new space » et les perspectives de croissance dans l'industrie aérospatiale, tout en renforçant la position des deux entreprises sur leurs marchés historiques.
Le liège, un matériau d'avenir
Au-delà de l'aspect industriel, cette fusion met en lumière les qualités exceptionnelles du liège, matériau traditionnel aux applications high-tech. « Chez ArianeGroup, on a coutume de dire que sans le liège… pas de décollage d'Ariane ! », rappelle Agnès de Montbrun, soulignant l'importance stratégique de ce matériau dans l'industrie spatiale.
La présidente d'HPK, qui quitte ses fonctions opérationnelles, entend désormais se consacrer à la promotion de l'exploitation du chêne-liège en Nouvelle-Aquitaine. « Cette essence est déjà très présente dans la région, ce qui se sait peu. Outre ses débouchés à forte valeur ajoutée dans l'aéronautique et le spatial, le chêne-liège capte deux fois plus de carbone qu'un autre arbre », assure-t-elle, mettant en avant les atouts environnementaux de cette ressource naturelle.
Cette fusion entre Delmon Group et HPK illustre parfaitement comment l'industrie française peut innover en associant savoir-faire traditionnels et technologies de pointe, tout en conservant une vision stratégique nationale face à la concurrence internationale.