Alors qu'il repeint la façade de sa maison rue de Villeneuve à Lormaison (Oise), Pascal Biville ne cache pas sa déception. Avec d'autres riverains, il faisait partie des principaux opposants à l'arrivée d'un entrepôt géant de l'enseigne Action dans la zone industrielle de la Reine blanche, située à moins de 600 mètres de son habitation. « Mardi (le 19 mai), j'ai appris qu'Action avait obtenu l'autorisation d'exploitation. Je suis écœuré, confie-t-il. On peut se demander à quoi sert une enquête publique si l'on ne tient pas compte de ce que disent les gens. Pour moi, c'est une décision politique. »
Dans un arrêté préfectoral signé le 13 mai, le préfet de l'Oise, Jean-Marie Caillaud, a autorisé la société PRD (Percier Réalisation et Développement), promoteur du projet de centre logistique géant du hard discounter Action, à lancer l'exploitation. Le futur entrepôt, d'une surface de 100 000 m², devrait alimenter les magasins Action du sud des Hauts-de-France, de la Normandie et du nord de la région parisienne.
Un projet contesté pour son trafic et son classement Seveso
Le projet a fait l'objet d'une enquête publique du 26 novembre 2025 au 26 février 2026, menée à Saint-Crépin-Ibouvillers et dans les communes alentour, ainsi qu'auprès des conseils municipaux et de la communauté de communes des Sablons. Les deux réunions publiques d'information ont été marquées par de vifs affrontements entre la population et les porteurs du projet. Les principales inquiétudes portent sur l'augmentation du trafic routier, avec l'annonce de 490 camions quotidiens, dimanche compris, et le classement Seveso du site.
Lors de la réunion publique de Lormaison, le 2 février, Alexis Perret, président de PRD, avait expliqué que le classement Seveso était « juste administratif ». Quant aux poids lourds, il avait assuré qu'un engagement avait été pris par Action pour qu'ils ne « traversent pas les communes » et empruntent l'autoroute A16 et la D205. « La traversée de Lormaison est déjà interdite aux poids lourds, rappelle Pascal Biville. En une demi-heure, il y a deux camions qui viennent de passer dans ma rue. Il se passera quoi quand il y aura 500 camions ? »
Des riverains déterminés à contester la décision
Laurent Dubreucq, autre riverain de Lormaison, est également persuadé que les engagements d'Action ne pourront pas être respectés. « Sur les 490 camions annoncés, beaucoup seront confiés en sous-traitance à des transporteurs privés, indique-t-il. Avec le coût du carburant en hausse constante, combien de transporteurs seront prêts à faire une cinquantaine de kilomètres en plus ou à payer un péage ? Ils prendront au plus court et ce sont les habitants de Lormaison d'un côté et ceux d'Ivry-le-Temple de l'autre qui trinqueront. »
Malgré la décision préfectorale, les opposants ne comptent pas baisser les bras. « Je vais déposer un recours individuel contre le permis de construire, annonce Pascal Biville. On a jusqu'au 2 juin pour le faire et je pense que je ne serai pas le seul à faire cette démarche. »
Le Roso (Regroupement des organismes de sauvegarde de l'Oise) se joindra à la bataille. « On va déposer un recours contre l'autorisation d'exploiter et on réfléchit à en déposer un contre le permis de construire », annonce Didier Malé, président du Roso. Pour lui, le projet n'est « pas viable » mais aussi « dangereux ». « Les gens qui vont travailler sur le site ne seront pas employés directement par Action, qui sous-traite à des logisticiens. Même chose pour le bâtiment, qui appartient à PRD. Que se passera-t-il si l'activité d'Action diminue ? Quant à la dangerosité du site, elle est bien réelle. Il y aura des batteries au lithium en stockage. On peut nous dire que toutes les précautions seront prises, c'était aussi le cas pour Lubrizol à Rouen (Seine-Maritime) et tout a brûlé. »
Le maire de Saint-Crépin-Ibouvillers se félicite de l'arrivée d'Action
À l'inverse, Alain Letellier, maire de Saint-Crépin-Ibouvillers, se déclare « très satisfait » et voit dans l'arrivée d'Action l'opportunité de « faire vivre la commune ». « Ce que je constate, c'est que ce sont 660 équivalents temps plein qui vont être créés, souligne l'édile. Ça fait près de 700 personnes qui pourraient trouver un emploi. Vu les difficultés actuelles sur le secteur, je pense notamment à Forvia-Méru (l'équipementier automobile a supprimé une centaine de postes), cette offre est bienvenue. Le lycée Lavoisier de Méru forme des jeunes aux métiers de la logistique, ils seront ravis de trouver des débouchés à côté de chez eux. »
Pour l'édile, les détracteurs sont soit « des retraités » soit « des opposants politiques ». « 200 personnes sur 40 000 habitants pour le canton, ça ne représente rien », assène-t-il. « L'aménageur et le groupe Action ont pris des engagements pour qu'il n'y ait pas de problème, insiste-t-il. Ils ont signé la charte poids lourds. Il y a eu un travail considérable autour de ce projet même si ça n'empêchera pas le Roso de déposer ses recours abusifs. »
Contactés, les dirigeants de PRD n'ont pas donné suite à nos sollicitations.



