C'est une institution en voie de disparition. Véritable révolution imaginée par Louis Renault au début du XIXe siècle, la boîte de vitesses aborde un tournant majeur de son histoire. Après avoir régné en maître pendant des décennies, la célèbre boîte manuelle se voit détrônée par la boîte automatique. Au point de voir disparaître la version manuelle et son célèbre H ? Pas impossible. Avec la déferlante de véhicules électriques et hybrides, la boîte auto est devenue la norme. Au point que l'on peut légitimement se demander si la pédale de gauche n'aura pas disparu d'ici dix ans. En voici les raisons.
L'essor de l'électrique et de l'hybride
Elles étaient quasiment inexistantes en 2019. Aujourd'hui, les voitures électriques représentent près de 20 % des véhicules neufs vendus en France. Si on y ajoute les véhicules hybrides (rechargeables ou non), on comprend vite le poids que pèsent ces voitures équipées par défaut de boîtes auto sur le marché national. Certaines marques ont même carrément abandonné la boîte affichée avec le fameux « H », y compris pour leurs motorisations diesel ou essence. « A part quelques rares utilitaires, nous n'avons plus aucun véhicule en boîte manuelle », détaille Fabien Richard, directeur commercial de la concession Toyota à Cesson-Sévigné, près de Rennes. « De toute façon, on a de moins en moins de demande. Je dirais que c'est un client sur 15, voire un client sur 20. »
Le marché est en train de se transformer
Contrairement à d'autres pays comme les États-Unis ou l'Allemagne, la France a longtemps résisté à la tentation de la boîte automatique. Concurrencés sur leurs propres terres, les constructeurs automobiles ont peu à peu adapté leurs véhicules à cette demande croissante. L'an dernier, plus de 75 % des voitures neuves vendues en France roulaient en auto. Même sur le marché de l'occasion, l'automatique devient la référence. Sur le site de revente d'occasions récentes manouvellevoiture.com, on compte près de deux fois plus de boîtes autos que de boîtes manuelles. « Il y a une relative inertie sur le marché de l'occasion. Mais on a de plus en plus de demandes des clients, donc on essaye d'y répondre avec une offre variée », explique Médéric Jauneau.
Dans sa concession Autosphere à Rezé, près de Nantes, il a environ 250 voitures d'occasion récentes. Seules 30 % sont encore en boîte manuelle. « Il y a des chances que ça disparaisse. Ça va prendre un certain nombre d'années, mais je pense qu'un jour, il n'y en aura plus », avance le revendeur.
Ceux qui y ont goûté ne peuvent plus s'en passer
« Pour moi, le secret de la boîte auto, c'est qu'elle convertit les gens. Je ne connais personne qui a voulu revenir en arrière. Après avoir essayé. Tous les gens qui découvrent la boîte auto, ils apprécient. Et ils aiment bien convertir les autres, ils en font sans cesse l'éloge », avance Médéric Jauneau. Le revendeur nantais a sans doute raison. Mais pourquoi un tel engouement ? « Parce que c'est un vrai confort pour celui qui conduit. C'est moins de stress, plus de confort routier, plus de sérénité, plus de sécurité. Il n'y a que des effets positifs », estime Fabien Richard, de Toyota.
Aujourd'hui, la boîte manuelle ne semble garder que quelques adeptes, notamment ceux qui apprécient une conduite sportive. « Quelques passionnés, qui veulent entendre le bruit du moteur et sentir le passage des rapports », selon Médéric Jauneau. Certaines marques comme Hyundai ou Porsche tentent de les convaincre, en proposant des boîtes de vitesses simulant les passages de rapport.
Les auto-écoles qui passent en auto
Depuis 2017, la France autorise les élèves d'auto-école à passer leur permis de conduire sur une boîte automatique. Les avantages sont multiples. L'apprentissage est plus rapide, plus facile et donc moins onéreux pour les élèves, qui sont autorisés à passer l'épreuve à partir de treize heures de cours, contre vingt au minimum pour une manuelle. « Il y a toute une génération qui ne connaîtra même pas les boîtes manuelles », prévient Médéric Jauneau.
Le revendeur nantais préfère prévenir les jeunes conducteurs et leurs parents : « pour trouver une petite voiture pas trop chère en boîte automatique, c'est un vrai casse-tête. En dessous de 10.000 euros, il n'y a presque rien. » Son homologue de Toyota va dans le même sens. « Il y a une telle demande que les voitures sont surcotées. » Voilà un argument qui pourrait faire perdurer un peu la boîte manuelle : le prix. Même si les écarts se sont resserrés, le bon vieux levier mécanique reste le plus abordable. Et en plus, on peut faire grincer la marche arrière.



