La filière viticole est en apnée. Depuis l'annonce, dimanche, d'un accord entre les États-Unis et l'Union européenne établissant à 15 % les droits de douane américains sur les produits venant du Vieux continent, un flou persistait sur le sort réservé aux vins et spiritueux. Ce jeudi, des responsables et diplomates de l'UE ont finalement éventé que ces produits devraient être, comme les autres, soumis à des droits de douane de 15 % à partir de ce 1er août jusqu'à ce qu'un accord soit éventuellement conclu dans le cadre de négociations qui devraient se poursuivre à l'automne.
Des pertes économiques importantes
Nous ne nous attendons pas à ce que le vin et les spiritueux soient inclus dans les exemptions du premier groupe annoncé par les États-Unis demain (un décret doit être publié par l'administration Trump ce vendredi, NDLR). Le secteur sera donc concerné par le plafond de 15 %, a confirmé le porte-parole de la Commission pour le Commerce, Olof Gill, ajoutant toutefois que la Commission reste déterminée à atteindre et à sécuriser un maximum de dérogations, notamment pour les produits traditionnels.
Les droits de 15 % sur le vin européen, même appliqués pendant quelques mois, vont provoquer des pertes économiques importantes, a réagi Ignacio Sanchez Recarte, secrétaire général du Comité européen des entreprises vins (CEEV). Combiné avec le changement dans les taux de changes entre le dollar et l'euro, le fardeau financier total sur le secteur pourrait atteindre 30 %. Les investissements seront suspendus et les volumes d'exportation vont décliner dans l'attente de l'accord final, déplore-t-il.
Un marché à 4 milliards
Le viticulteur Jérôme Despey, président de la chambre d'Agriculture de l'Hérault et premier vice-président de la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles), confirme ces craintes à Midi Libre : cela annonce une situation très compliquée. Les États-Unis sont le premier marché de la viticulture française avec pas de loin de 4 milliards d'euros exportés (spiritueux inclus). En 2019, lorsque Trump avait déjà imposé des droits de douane à 20 %, on avait perdu 20 à 30 % de marché, parce que les consommateurs américains s'étaient alors reportés sur d'autres produits. Cette fois encore, ce sont surtout les vins qui se situent entre 7 et 15 dollars qui devraient être touchés. Une bouteille à 10 dollars passerait en effet à 11,50 dollars, une hausse difficile à supporter pour ces consommateurs.
Jérôme Despey, en contact régulier avec la ministre de l'Agriculture, attend donc beaucoup des négociations. Il faut que l'on parvienne à des droits nuls, c'est-à-dire 0 % - 0 %, comme l'avaient d'ailleurs laissé entendre les négociateurs. C'est vital pour la profession et je le dis avec beaucoup de gravité, appuie-t-il.
Cette nouvelle turbulence arrive en effet dans une période très morose pour la viticulture française, entre la tendance à la déconsommation et un marché international partout perturbé. La FNSEA a d'ailleurs sollicité le ministère pour négocier de nouvelles mesures, arrachage temporaire et définitif ou distillation, ainsi que le déclenchement des 450 M€ de crédits européens de réserve. Seul rayon de soleil, après plusieurs années d'aléas climatiques, les vendanges devraient aboutir à une récolte normale. Et dans ce contexte, c'est déjà beaucoup.



