Stellantis subit une perte colossale de 22,3 milliards d'euros en 2025
Le constructeur automobile Stellantis a annoncé jeudi une perte nette historique de 22,3 milliards d'euros pour l'année 2025. Cette perte représente la deuxième plus importante jamais enregistrée par un groupe français, derrière le record de Vivendi en 2002 (-23,3 milliards d'euros) mais devant France Télécom (-20,7 milliards en 2002) et EDF (-17,9 milliards en 2022). Pour le secteur automobile français, ce chiffre est presque le triple du précédent record détenu par Renault en 2020 (-8 milliards).
Une charge exceptionnelle liée au ralentissement de l'électrique
Cette perte monumentale s'explique principalement par une charge exceptionnelle de 25,4 milliards d'euros. Le groupe avait déjà annoncé le 6 février qu'il allait passer des charges exceptionnelles colossales de 22 milliards d'euros pour le seul second semestre 2025, afin de financer un coup de frein dans la production de véhicules électriques. Les ventes de voitures électriques se sont en effet révélées très inférieures aux attentes du constructeur.
Stellantis n'est pas le seul constructeur automobile à faire face à cette réalité. Comme lui, Ford et General Motors ont également passé de lourdes charges pour prendre en compte dans leur bilan des ventes de voitures électriques plus faibles que prévu aux États-Unis.
Chiffre d'affaires en baisse et perte opérationnelle
Le chiffre d'affaires de Stellantis a baissé de 2% en 2025, s'établissant à 153,5 milliards d'euros. Cette baisse est survenue malgré une légère hausse en volume, à 5,48 millions de véhicules (+1%) contre 5,41 millions en 2024. Les recettes ont pâti de taux de change défavorables mais aussi d'une politique de baisse des prix au premier semestre, marquant un tournant après la stratégie de prix élevés de l'ancien directeur général Carlos Tavares.
Le groupe a enregistré une perte opérationnelle courante de 842 millions d'euros l'an dernier avec une marge négative de 0,5%. Conséquence directe de ces difficultés financières, Stellantis ne distribuera aucun dividende à ses actionnaires.
Un second semestre plus positif et des perspectives pour 2026
Au second semestre 2025, Stellantis a cependant vu son chiffre d'affaires progresser de 10% et atteindre 2,8 millions de véhicules, soit une hausse de 11% en volume. Cette amélioration est notamment due à un rebond de 39% en volume aux États-Unis.
Le groupe, qui disposait de liquidités industrielles de 46 milliards d'euros fin 2025, a confirmé ses perspectives pour 2026. Il table sur une amélioration progressive de son chiffre d'affaires net et un retour à une marge positive « basse à un chiffre ». Les ventes devraient être portées par la montée en puissance de nouveaux modèles, notamment des pick-up thermiques aux États-Unis, avec un niveau de prix stable, en hausse aux États-Unis mais en baisse en Europe.
Impact des droits de douane américains et changement de stratégie
L'impact pour le groupe des droits de douane mis en place aux États-Unis est estimé à 1,2 milliard d'euros pour 2025 et prévu à 1,6 milliard en 2026. Stellantis a confirmé cette estimation jeudi malgré la décision de la Cour suprême d'invalider les décisions du président américain Donald Trump.
Face à cette situation difficile, Stellantis a décidé de revenir à une publication trimestrielle de ses résultats financiers, une mesure destinée à rassurer des marchés financiers inquiets.
Un revirement stratégique dans le secteur de l'électrique
Ces derniers jours, Stellantis a confirmé son revirement dans le secteur de l'électrique en annonçant son désengagement de plusieurs projets. Le constructeur a notamment décidé de vendre ses 49% dans NextStar Energy, qui développe la première « gigafactory » de batteries du Canada, et envisage une sortie de sa coentreprise avec Samsung, qui devait construire deux gigafactories aux États-Unis.
Parallèlement, le groupe a annoncé relancer des modèles thermiques aux États-Unis et en Europe, y compris diesel. Des choix que Stellantis affirme ne pas être en conflit avec l'innovation et qui n'impactent pas selon lui son engagement pour l'électrification.



