Safran renforce sa présence au Maroc avec deux investissements stratégiques
En l'espace de six mois seulement, le géant français de l'aéronautique Safran a confirmé son engagement croissant au Maroc. En octobre dernier, l'entreprise annonçait l'ouverture prochaine d'une ligne d'assemblage de moteurs Leap destinés aux avions A320 et A321 d'Airbus. Puis, le 13 février, un nouveau projet a été dévoilé : une usine de fabrication de trains d'atterrissage pour les futurs appareils de l'avionneur européen.
Ces décisions successives illustrent la confiance accrue des investisseurs internationaux dans le Royaume. Pour Nadia Fettah Alaoui, ministre marocaine de l'Économie et des Finances depuis 2021, ces victoires industrielles démontrent la capacité du Maroc à attirer et retenir les capitaux étrangers. Première femme à occuper ce poste dans l'histoire du pays et diplômée d'HEC, elle expose la feuille de route économique du gouvernement, avec l'horizon 2030 marqué par l'organisation conjointe de la Coupe du monde de football avec le Portugal et l'Espagne.
Une relation industrielle qui monte en gamme
Nadia Fettah Alaoui souligne que ces annonces confortent le positionnement du Maroc comme plateforme aéronautique nationale. "Nous ne sommes plus dans une simple logique d'implantation industrielle, mais dans une relation de confiance et de montée en gamme", explique-t-elle. Safran, présent au Maroc depuis vingt-cinq ans, approfondit désormais un partenariat stratégique plutôt que de simplement arbitrer un lieu d'industrialisation.
Ces projets s'inscrivent dans une vision claire portée par le roi Mohammed VI : renforcer la souveraineté économique du Maroc, diversifier la base productive et assurer une intégration réelle dans les chaînes de valeur mondiales. "L'automobile et l'aéronautique démontrent que le Maroc est un partenaire industriel fiable, stable, capable de monter en gamme et en intelligence industrielle", affirme la ministre.
Les seize secteurs prioritaires identifiés
Après les succès dans l'automobile et l'aéronautique, le gouvernement marocain vise de nouvelles frontières industrielles. "Nous avons identifié seize secteurs industriels, structurés autour de cinquante-six écosystèmes", détaille Nadia Fettah Alaoui. L'objectif est de créer de nouvelles locomotives économiques et de faire émerger des champions nationaux.
Parmi les axes prioritaires :
- La transformation agroalimentaire, où le potentiel reste sous-exploité
- L'industrie pharmaceutique, renforcée par les enseignements de la crise du Covid-19
- Le développement de nouveaux pôles industriels hors des grandes villes, notamment autour de l'hydrogène vert
- L'intégration dans les chaînes de valeur mondiales de la mobilité électrique
Les atouts compétitifs du Maroc
Le pays attire un nombre croissant d'entreprises étrangères grâce à plusieurs avantages déterminants :
- La stabilité politique et économique dans un monde turbulent
- La transition verte engagée dès 2010 avec une trajectoire claire
- Les talents locaux avec environ 24 000 ingénieurs formés annuellement
- La connectivité et la logistique aux standards internationaux
"Être fiable, prévisible, discipliné dans l'exécution de ses politiques publiques est un véritable atout économique", insiste la ministre.
Éviter la dépendance aux capitaux étrangers
L'ouverture aux investisseurs internationaux reste un choix stratégique assumé, mais le niveau d'intégration locale devient primordial. Dans l'automobile, il dépasse déjà 60% avec des ambitions supérieures. "Nous avons réussi à structurer un tissu de PME marocaines autour de cet écosystème", se félicite Nadia Fettah Alaoui.
Le gouvernement soutient également le capital marocain en lui offrant des opportunités de montée en gamme et d'investissement. "C'est cette combinaison qui permet de renforcer notre base productive", explique-t-elle.
Retenir les talents locaux et former l'avenir
Avec environ 24 000 ingénieurs formés annuellement, le Maroc doit encore augmenter ses capacités de formation pour répondre aux besoins nationaux et internationaux. L'employabilité reste forte, avec des perspectives de carrière attractives au sein du pays.
"Même en travaillant au Maroc, les ingénieurs sont intégrés dans des chaînes de valeur mondiales, ce qui garantit leur mobilité et leur évolution future", précise la ministre. Les partenariats public-privé dans l'aéronautique servent de modèle pour développer l'apprentissage et la formation professionnelle.
Positionnement dans un monde fragmenté
Face aux tensions entre les États-Unis, l'Europe et la Chine, le Maroc maintient sa tradition d'ouverture et d'équilibre. "Être un partenaire stable et prévisible permet au Maroc de capter des investissements et de s'inscrire sereinement dans les nouvelles chaînes de valeur", analyse Nadia Fettah Alaoui.
Sur le continent africain, le Royaume se positionne comme le deuxième investisseur africain en Afrique, avec une expansion d'abord structurée en Afrique de l'Ouest. L'Initiative atlantique portée par le roi vise à proposer des solutions de désenclavement et d'intégration économique.
Discipline budgétaire et défis économiques
La trajectoire macroéconomique marocaine apparaît solide, avec un déficit public qui devrait se situer autour de 3,5% du PIB en 2025 et une dette publique anticipée à 67,4% la même année. L'inflation reste maîtrisée autour de 0,8%, tandis que la croissance se maintient près de 5%.
Les principaux défis identifiés :
- La transition verte vers une électricité abondante, compétitive et décarbonée
- La réforme du système éducatif pour renforcer la qualité de la formation
- La création d'emplois dans les territoires et la lutte contre le chômage des jeunes
Développement territorial et horizon 2030
La région de l'Oriental, autour du futur port de Nador West Med, constitue un exemple de développement territorial ambitieux. Sur le modèle de Tanger Med, l'objectif est de créer un véritable écosystème économique avec une zone industrielle de plus de 700 hectares.
L'horizon 2030, marqué par la Coupe du monde de football, ne modifie pas la trajectoire économique du Maroc mais permet d'accélérer certains investissements déjà planifiés. "Les retombées ne seront d'ailleurs pas uniquement attendues en 2030 : elles sont déjà visibles aujourd'hui, notamment dans le secteur du tourisme", conclut la ministre, soulignant les niveaux d'activité historiques enregistrés dans ce secteur.



