La start-up française Mistral AI, fleuron de l'intelligence artificielle en Europe, se retrouve au cœur d'une polémique après l'affaire Anthropic. Cette dernière, une entreprise américaine d'IA, a récemment été accusée de compromettre la souveraineté numérique de ses partenaires européens en imposant des conditions restrictives. Dans ce contexte, le partenariat stratégique de Mistral AI avec Microsoft, annoncé en février 2024, est désormais scruté de près par les autorités et les experts.
Un partenariat sous haute tension
Le 27 février 2024, Mistral AI a officialisé un accord avec Microsoft, permettant l'intégration de ses modèles de langage dans la plateforme Azure. En échange, Microsoft a pris une participation minoritaire dans la start-up française, dont le montant n'a pas été divulgué. Selon des sources proches du dossier, cette participation serait inférieure à 15 %, mais suffisante pour susciter des craintes de dépendance.
« Ce type d'accord peut sembler bénéfique à court terme, mais il risque de créer une asymétrie de pouvoir préjudiciable à long terme », explique un analyste du cabinet Gartner, cité par Libération. « Mistral AI pourrait se retrouver dans une position où ses innovations sont captées par un géant américain, sans véritable contrepartie pour l'Europe. »
L'affaire Anthropic comme révélateur
L'affaire Anthropic a éclaté en juin 2024, lorsque des documents internes ont fuité, révélant que l'entreprise américaine avait imposé des clauses de non-concurrence et des droits de propriété intellectuelle exclusifs à ses partenaires européens. Selon ces documents, Anthropic exigeait que toute amélioration apportée par ses partenaires soit reversée gratuitement à la société mère, limitant ainsi la capacité des start-up locales à développer des technologies souveraines.
Bien que Mistral AI ne soit pas directement impliqué dans cette affaire, le parallèle est frappant. « Le modèle d'Anthropic est similaire à ce que Microsoft pourrait chercher à imposer », alerte un expert en droit numérique de l'Université de Paris. « Les PME européennes doivent être extrêmement vigilantes. »
Des chiffres qui interrogent
Selon une étude de l'Institut Montaigne publiée en mars 2024, 78 % des start-up européennes d'IA ont conclu des partenariats avec des entreprises américaines, mais seulement 12 % d'entre elles ont négocié des clauses de sauvegarde de leurs actifs technologiques. Par ailleurs, le montant total des investissements américains dans l'IA européenne a atteint 4,2 milliards d'euros en 2023, contre seulement 1,1 milliard d'euros en provenance d'investisseurs européens.
« Ces chiffres montrent un déséquilibre préoccupant », commente un porte-parole de la Commission européenne. « Nous devons encourager les financements européens pour éviter une dépendance excessive. »
Les réactions politiques
En France, plusieurs députés ont interpellé le gouvernement sur ce sujet. Le député LFI Paul Vannier a déclaré le 28 juin 2024 : « Mistral AI est un joyau national, mais ce partenariat avec Microsoft le transforme en simple sous-traitant. Nous risquons de perdre notre souveraineté numérique. » De son côté, le ministre de l'Économie, Bruno Le Maire, a affirmé que « l'État suit de près ce dossier et veillera à ce que les intérêts français soient préservés. »
Quelles perspectives pour Mistral AI ?
Mistral AI, fondée en 2023 par d'anciens chercheurs de Meta et Google, a rapidement séduit les investisseurs avec ses modèles open source performants. Cependant, la pression concurrentielle est forte face à des géants comme OpenAI et Google. Pour l'instant, la start-up n'a pas commenté les inquiétudes soulevées par l'affaire Anthropic.
Certains experts estiment que Mistral AI pourrait encore renégocier les termes de son accord avec Microsoft. « Rien n'est figé », souligne un consultant en stratégie. « Mais il faut agir vite pour éviter que le précédent Anthropic ne devienne la norme. »
Un enjeu européen
Au-delà du cas Mistral AI, l'affaire Anthropic relance le débat sur la nécessité d'une régulation européenne des partenariats technologiques. Le projet de règlement sur l'IA, adopté en mars 2024, prévoit des obligations de transparence pour les modèles d'IA, mais ne couvre pas spécifiquement les clauses contractuelles abusives.
« Nous avons besoin d'un cadre juridique plus strict pour protéger nos entreprises », insiste une eurodéputée Renew. « Sinon, l'Europe deviendra un simple marché pour les technologies américaines. »



