Une opposition ferme des géants de la distribution
Les patrons des principaux distributeurs français s'opposent avec vigueur au projet gouvernemental d'encadrement des marges sur les prix des carburants. Dans une lettre adressée au Premier ministre et consultée mercredi 15 avril par l'AFP, les dirigeants de Carrefour, Auchan, Intermarché, Leclerc et Coopérative U demandent le retrait immédiat de ce texte qu'ils qualifient d'injuste, inapplicable et illégal.
Des marges jugées insuffisantes
Les distributeurs se défendent en affirmant que leurs marges sur les carburants sont extrêmement faibles, oscillant entre 1 et 2 centimes par litre. Selon leurs déclarations, ces marges couvrent à peine les coûts d'exploitation et ne permettent pas de réaliser des bénéfices significatifs. Ils pointent plutôt du doigt les raffineurs-distributeurs qui, selon eux, auraient capté des marges brutes considérables depuis le début du conflit au Moyen-Orient, sans être soumis aux mêmes contraintes réglementaires.
L'objectif gouvernemental de limiter les effets d'aubaine
Le projet de décret, qui doit être soumis à l'avis du Conseil national de la consommation et du Conseil d'État, vise principalement à éviter des effets d'aubaine liés à la crise provoquée par la guerre au Moyen-Orient. Cependant, Matignon a précisé que la décision d'encadrer ces marges de distribution n'est pas encore tranchée, laissant planer une incertitude sur l'avenir de cette mesure.
Un contexte de tensions sur les prix à la pompe
Depuis l'annonce du cessez-le-feu entre les États-Unis et l'Iran, le gouvernement peine à obtenir des baisses tangibles des prix à la pompe, malgré la pression exercée sur les distributeurs. Parallèlement, il rejette toute aide universelle aux automobilistes pour maintenir son objectif de rigueur budgétaire, créant ainsi une situation complexe où les consommateurs attendent un soulagement qui tarde à venir.
Les critiques techniques des distributeurs
Le texte prévoit que le prix de vente autorisé soit fixé en tenant compte du prix de référence quotidien calculé sur la moyenne lissée des cinq derniers jours sur le marché de Rotterdam. Les distributeurs dénoncent ici une erreur technique grave, arguant que cette méthode décorrèle le prix de référence réglementaire du coût réel du carburant en cuve. Selon eux, cette disposition pourrait les contraindre à vendre à perte, constituant ainsi une atteinte directe à leur liberté d'entreprise.
Une proposition alternative des distributeurs
En lieu et place de ce texte controversé, les distributeurs proposent une solution alternative : suspendre temporairement la collecte des Certificats d'économies d'énergie (CEE). Ils estiment que cette mesure représenterait une économie de 15 à 20 centimes par litre sur le prix du carburant, offrant ainsi un soulagement immédiat aux consommateurs sans pénaliser les acteurs de la distribution.
Cette opposition marquée des distributeurs souligne les tensions persistantes entre le gouvernement et les acteurs économiques sur la question sensible des prix des carburants, dans un contexte international toujours marqué par l'instabilité au Moyen-Orient.



