Tribune : La gauche exige une taxe sur les superprofits pétroliers face à la crise iranienne
Tribune : Taxer les superprofits pétroliers, une exigence de gauche

Une coalition de gauche réclame une fiscalité d'urgence sur les bénéfices exceptionnels du secteur pétrolier

Dans une tribune publiée ce 18 avril 2026, une vaste coalition de responsables politiques de gauche lance un appel pressant au gouvernement français. De Raphaël Glucksmann à Olivier Faure, en passant par François Hollande et Nicolas Mayer-Rossignol, ils exigent la mise en place immédiate d'une taxation des superprofits des géants pétroliers, à l'heure où les bénéfices de TotalEnergies et autres énergéticiens s'envolent avec le conflit en Iran.

Des profits colossaux sur le dos des consommateurs

Alors que les Français voient leurs dépenses en carburant et chauffage exploser depuis plusieurs semaines, sans perspective de retour rapide à la normale, les grands acteurs du secteur énergétique accumulent des profits records. Le cas de TotalEnergies est particulièrement frappant : selon le Financial Times, l'entreprise a réalisé plus d'un milliard de dollars de bénéfices supplémentaires en marge de la crise actuelle.

Dans le même temps, les marges brutes des raffineurs français ont été multipliées par quatre depuis les premières frappes israélo-américaines sur l'Iran. Cette situation constitue un cas d'école de superprofits générés par des facteurs extérieurs, où des acteurs économiques profitent d'une crise géopolitique pour augmenter leurs bénéfices aux dépens de la population.

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L'Europe montre la voie

Cinq pays européens – l'Allemagne, l'Espagne, l'Italie, l'Autriche et le Portugal – ont déjà appelé l'Union européenne à agir, demandant que « ceux qui tirent profit des conséquences de la guerre doivent faire leur part pour alléger la charge pesant sur le grand public ».

L'Europe a d'ailleurs déjà montré l'exemple en 2022 après l'invasion de l'Ukraine par la Russie, en mettant en place une taxation des superprofits liés à la hausse du coût de l'énergie. Cette mesure avait rapporté 29 milliards d'euros, principalement en Pologne, en Italie et en Espagne. La France, elle, n'avait levé que 67 millions d'euros, essentiellement parce que les activités de Total se trouvaient hors du champ d'application européen et du fait d'une assiette fiscale trop restreinte.

Les ajustements nécessaires

Les signataires de la tribune reconnaissent qu'il faudra ajuster cette fiscalité pour la rendre plus efficace :

  • Inclure le trading de pétrole en plus du raffinage
  • Revoir les seuils définissant les superprofits
  • Mettre en place des mesures anti-abus pour éviter la relocalisation artificielle des profits
  • Envisager de taxer le chiffre d'affaires plutôt que les seuls profits

Ils soulignent que la jurisprudence européenne a confirmé la possibilité légale d'une telle taxe, et s'étonnent de voir ses opposants dénoncer simultanément son inefficacité supposée et son impact négatif sur les « champions européens ».

Un impératif de justice sociale et économique

Les recettes d'une telle taxation pourraient selon les signataires servir à deux objectifs essentiels :

  1. Financer des aides ciblées pour les ménages les plus en difficulté, plutôt qu'une baisse générale des taxes qui bénéficierait principalement à ceux qui en ont le moins besoin
  2. Investir massivement dans la transition énergétique de la France, seule solution à long terme pour réduire la dépendance aux chocs pétroliers

Ils rappellent trois évidences souvent oubliées dans le débat public : la politique fiscale des dernières années a affaibli la capacité de l'État à aider les Français en cas de crise ; la France n'a toujours pas mené à bien sa transition énergétique depuis les années 1970 ; et contrairement à une idée répandue, les crises ne remplissent pas les caisses de l'État mais lui coûtent au contraire très cher.

Un appel à sortir de l'isolement européen

Pour toutes ces raisons, les signataires appellent la France à « cesser de faire cavalier seul » et à sortir de son isolement au niveau européen en soutenant officiellement la mise en place d'une taxation des superprofits. Ils y voient « autant un impératif d'efficacité économique qu'une exigence de justice sociale ».

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Cette tribune, à l'initiative d'Aurore Lalucq, députée européenne et coprésidente du parti Place publique, rassemble une trentaine de personnalités politiques de gauche, des socialistes aux écologistes, unis sur cette question de justice fiscale et sociale en temps de crise énergétique.