L'Icrict exige une taxation urgente des superprofits énergétiques
La Commission indépendante pour la réforme de la fiscalité internationale des entreprises (Icrict), coprésidée par le prix Nobel d'économie Joseph Stiglitz, a lancé un appel pressant jeudi pour l'instauration immédiate d'une taxe sur les bénéfices exceptionnels des entreprises du secteur énergétique. Cette mesure est présentée comme une réponse « économiquement efficace » et un « impératif moral » face à la flambée des prix provoquée par le conflit au Moyen-Orient.
Un mécanisme permanent contre les crises successives
L'organisation propose la création d'un mécanisme permanent et automatique qui se déclencherait automatiquement lorsque les prix dépassent certains seuils prédéfinis. « L'Icrict appelle les gouvernements à instaurer immédiatement une taxe sur les bénéfices exceptionnels dans les secteurs du pétrole, du gaz et des engrais », précise la déclaration officielle transmise ce jeudi.
Cette taxation ciblerait spécifiquement les profits excédentaires directement liés au contexte de guerre, en excluant soigneusement les investissements productifs des entreprises. L'Icrict souligne que cette approche n'aurait pas d'impact inflationniste supplémentaire « car elle ne s'applique pas à la consommation d'énergie » des ménages et des entreprises.
La spirale inflationniste des prix de l'énergie
Les prix du pétrole et du gaz ont connu une augmentation vertigineuse depuis le début des frappes américano-israéliennes contre l'Iran le 28 février dernier. Ces événements ont conduit au blocage stratégique du détroit d'Ormuz et endommagé des infrastructures énergétiques cruciales dans le Golfe.
« Les bénéfices exceptionnels représentent un transfert soutenu de revenus dû à des contraintes d'approvisionnement qui persisteront longtemps après toute résolution du conflit », analyse l'Icrict, qui compte parmi ses membres éminents les économistes Gabriel Zucman et Thomas Piketty, ainsi que d'anciens responsables politiques internationaux.
L'organisation alerte particulièrement sur les conséquences disproportionnées de cette situation : la hausse des prix pèse principalement sur les travailleurs, les agriculteurs et les nations importatrices de combustibles fossiles, tandis qu'un nombre restreint de grandes entreprises et d'États producteurs accumule des superprofits considérables.
Risques économiques majeurs et précédents européens
Au-delà de l'impact immédiat, l'Icrict met en garde contre une propagation dangereuse de l'inflation tout au long des chaînes d'approvisionnement industrielles. « L'inflation provoquée par le choc atteint des intrants critiques comme les engrais, l'aluminium, le soufre et l'hélium, ce qui menace de provoquer une spirale coûts-prix dans les prochains mois, avec de graves conséquences économiques », prévient l'organisation.
Cette situation pourrait contraindre les banques centrales à relever leurs taux d'intérêt, une mesure qui « ralentirait fortement la croissance économique » mondiale. L'Icrict rappelle que le 4 avril 2026, cinq pays de l'Union européenne – l'Allemagne, l'Autriche, l'Espagne, l'Italie et le Portugal – avaient déjà exprimé leur souhait de mettre en place une taxation similaire sur les bénéfices exceptionnels des entreprises énergétiques.
Face à l'accumulation des crises depuis la pandémie de Covid-19, l'organisation internationale insiste sur la nécessité d'une réponse structurelle et durable pour protéger les économies vulnérables et assurer une répartition plus équitable des richesses dans le contexte géopolitique actuel.



